Sur la voie du Samuraï - Chapitre premier

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Sur la voie du Samuraï - Chapitre premier

Message  Babanek le 28/02/17, 01:41 am

Soshi-sama, vous trouverez dans ces lignes le récit complet de mes missions en tant que Yoriki Impérial. Bien que cette pratique soit pour certains considérée comme une trahison, nous savons tous deux qu’en enrichissant le savoir et l’information du clan du Scorpion, elle sert la seule et unique fin de la protection de l’Empire et de son Fils du Ciel.
La nomination par Doji Satsume-sama, au rang de Yoriki Impérial m’a empli de joie et de fierté. C’est avec le plus grand soin et la plus grande circonspection que je m’acquitterai de cette tâche sacrée, faisant honneur à mon nom, mon clan et mes ancêtres devant le Champion et l’Empereur.

Après un bref voyage sans autre intérêt que le dépaysement, je fis mon entrée à Sunda Mizu Mura, dit le « Village de l’Eau Pure ».Troisième plus grande ville de l’Empire, le Village est en réalité un grand port cosmopolite et animé au climat chaud et chargé d’iode. Bien que proche du Mur des Bâtisseurs et faisant partie des terres Hida du clan du Crabe, on ressentait clairement l’influence des Grues et l’âme commerçante inhérente à tout port. J’appris que le Village de l’Eau pure devait son nom à la présence à proximité de sources d’eau au goût exquis, permettant de produire le meilleur saké de l’Empire.
Je me présentai à la Maison de la Magistrature, imposante bâtisse dont le premier étage était de pierre, afin de rencontrer Doji Yamato-sama, le Magistrat d’Emeraude du Village de l’Eau Pure. Un vieux serviteur me fit patienter dans une grande salle d’attente, occupée par une dizaine d’autres samuraïs, également recrutés par le Champion d’Emeraude. Puis il nous appela par nos noms et prénoms, nous fit conduire à nos chambres, limitées à l’essentiel, avant de nous rassembler par groupes.
Avec moi, trois bushis assez étonnants :
- Kitsuki Ijatsu, kimono au rabais vert à col jaune, mon Kitsuki sur le cœur, mon du Lion à droite. Peu corpulent, cheveux courts, l’air chiffonné et peu soigneux.
- Mirumoto Ayeka, belle armure verte et dorée, mon du Dragon dans le dos, mon Mirumoto d’un dragon tenant un daisho sur le cœur, mon Togashi d’un dragon tenant des fleurs à droite. Belle jeune femme aux cheveux longs, à l’air sûre d’elle. Porte au côté un katana de qualité supérieure, au pommeau travaillé portant des mons dragons en jade.
- Kuni Kyoshi, armure d’ashigaru et kimono bleus et rouges de facture moyenne, mon du Crabe sur le cœur. Un pendentif Kuni sur le torse, un étrange No Dachi à lame noire minérale dans le dos et un sugegasa sur la tête. Plutôt taciturne et pas très bavard.

On nous conduisit bientôt chez Doji Yamato-sama, un jeune diplomate aux soyeux cheveux de neige et au visage moulé par Benten elle-même tellement il était beau. J'ai entendu dire qu'il était le fils d'un Daimyo haut-placé des Grues. Il avait été posté ici à la suite du départ précipité du précédent Magistrat local vers les terres du Scorpion avec la moitié des Yorikis impériaux. Le manque d'effectifs qui s'en était suivi expliquerait nos récentes mutations au Village de l'Eau Pure.
Deux pas derrière lui se tenait un samuraï d'une trentaine d'année, vêtu d'une armure lourde et portant sur le cœur un mon Daïdoji, accompagné à droite du mon de la Grue. Présenté comme Daïdoji Jiro, Yojimbo du Magistrat, son air impassible n'était trahi que par son regard vif qui ne semblait rien manquer.
Doji Yamato-sama nous confia qu'il y a 6 mois de cela, un Yoriki impérial du nom de Tsurushi Akame avait été envoyé par son prédécesseur sur l'Île du Levant, sur les terres de la Mante. Il enquêtait alors sur la disparition d'un marchand du nom de Chozu, affilié aux Yazukis. Un rapport indiquait qu'il était arrivé à bon port, mais on n'avait plus jamais eu aucune nouvelle de lui. Le Magistrat nous donna pour mission de nous rendre sur l'Île du Levant et d'y découvrir ce qu'était devenu le Yoriki.
A nos questions, il répondit que Tsurushi Akame-san avait une réputation d'efficacité en tant que Yoriki. Il nous indiqua également que la Fête du Calamar se déroulerait d'ici 4 jours sur l'île et que depuis 3 ans, il semblerait que le saké y coulait à flots et gratuitement. Bien qu'il semblait en savoir plus sur Tsurushi Akame-san, il conclut que le Faucon des mers nous attendrait à la première heure au matin et qu'il nous faudrait nous débrouiller avec les autorités locales si nous avions besoin de renforts.

Après nos ablutions de la journée, je vis Ijatsu-san s'éclipser en direction du port et le rattrapai bientôt, accompagné d'Ayeka et de Kyoshi. Il nous fallait savourer notre première soirée en tant que Yorikis ensemble et en profiter pour faire connaissance. Une fois installés dans un établissement respectable et fréquenté d'autres samuraïs, une bouteille de saké fût commandée et rapidement mise à mal par les "kampaï" de Ijatsu, visiblement grand amateur. Kyoshi l'accompagna volontiers, Ayeka et moi savourant avec plus de retenue.
Bientôt deux bushis du clan du Crabe nous proposèrent de s'installer à notre table et de faire quelques parties de dés. Nous acceptâmes avec déférence et j'y gagnai même quelques zenis. Hida Polo-san et Hida Robi-san nous confièrent être les deux survivants d'une unité qui avait fait campagne dans l'Outremonde et sur le Mur. Ils nous décrivirent leurs combats contre des Kakemonos, des Ogres et des Onis, dont certains volaient, toujours très nombreux, mais pas assez pour les protecteurs Crabes de l'Empire. Bientôt, Ijatsu fût vaincu par le saké alors que les deux Crabes félicitaient leur compatriote Chasseur de sorcières pour sa descente. Kyoshi et moi prîmes sur nous de ramener le Kitsuki à la Maison de la Magistrature.
L'alcool semblait faire sombrer ce dernier dans le ressentiment, alors qu'il dépeignait un certain Akodo comme un incapable entre deux rôts bruyants. A ma demande, il m'expliqua, de manière très cultivée, forte de références littéraires perspicaces malgré son état, qu'il avait étudié et décrit à la Cour les campagnes d'Akodo Tadaji, tacticien et commandant émérite du Clan du Lion. Pourtant, il aurait gâché la vie de nombreux soldats lors de manœuvres inutiles et mal appréciées, ce que la Cour n'avait pas voulu entendre. Son déplaisir était tel qu'elle aurait contraint Ijatsu-san à se faire seppuku, si la famille Ikoma, célèbre pour ses historiens, ne l'avait pas défendu. Il conclut qu'à son bannissement, les enquêteurs Kitsuki du Dragon lui avaient donné asile.
Nous pûmes le laisser aux bons soins des serviteurs une fois arrivés et je dormi d'un sommeil ravi dans l'attente du voyage de demain : j'allai naviguer sur la mer pour la première fois !

Un Crabe Yazuki d'une trentaine d'années, à la peau halée du nom de Solo-san nous accueillit sur le Faucon des Mers, une jonque qui avait connu de meilleurs jours mais qui semblait en avoir dans le ventre. Son parlé était à la limite du convenable, frôlant une familiarité inadaptée à nos rangs, sans pour autant l’atteindre. Pour ma part, il en fallait bien plus de la part d’un autre samuraï pour que je m’offusque, ce qui semblait également le cas de mes camarades. A notre surprise, son acolyte et mousse était un Nezumi, un homme-rat venant de la zone à présent recouverte par l'Outremonde et réputé immunisé à la souillure. Il portait un kimono sans manches aux couleurs du Crabe et un sugegasa, se nommait Chiko et ne communiquait qu'en nezumi. Je repérai en parcourant le navire une caisse factice pivotant sur le plancher, qu'un cadenas fixait au pont. Le soin avec lequel elle était dissimulée et sa position indiquaient que notre homme se livrait à la contrebande, une pratique qui semblait être tolérée à proximité de l'Outremonde, où tous les moyens étaient bons pour s'approvisionner.
Alors qu'il louvoyait en quittant le port, j'achetai à Solo-san une carte de l'île du Levant, ainsi que deux invitations bien contrefaites pour la geisha Sakura, qui se produisait depuis quelques temps au village des calamars où aurait lieu le festival. Puis nous prîmes le large, traversant la baie des poissons morts et le mal de mer eut raison de mes intestins, que je déversai par-dessus bord. Ijatsu-san, au contraire, sortit une bouteille de saké de son kimono et entreprit de la siroter, prétextant que c’était son remède personnel contre la nausée. Je me dis alors que ce devait même être le remède à tous ses maux.
Je ne pus qu'entrevoir les terres dévastées de l'Outremonde alors que nous prenions plein sud, avant de finalement naviguer plein est, sur une mer que je trouvai bien trop agitée. La fin de mon calvaire vint en fin d'après-midi, quand Solo-san nous déposa sur un ponton de la Baie des Calamars avant de repartir immédiatement.

Bien qu’à 3 jours du festival, la luxuriante Ile du Levant était déjà bondée de visiteurs, reconnaissables parmi les autochtones à leur teint plus pâle et à leurs kimonos ne présentant par le vert clair de la Mante. Une montagne aux pentes vives occupait le centre de l’île. La carte achetée à Solo-san nous apprit qu’à 1h de marche vers le nord se trouvait la forteresse du Daimyo de l’Ile : Moshi Ideka-sama du Mille-pattes et à 1h vers le sud-ouest le Village des Pêcheurs. Deux phares bordaient la baie et guidaient les bateaux vers le village. 1h de plus vers l’ouest et nous arriverions au Village du Riz. En remontant vers le nord semblaient se trouver des ruines. Le tour complet prenait environ 6h à pieds.
Le Village et la Baie des calamars semblaient avoir été aménagés durant les dernières années, ajoutant aux 50 vieux bâtiments sur la plage quelques 450 nouveaux logements de bois et de bambou. A présent s’étalait sur le littoral et sur toute la baie, un enchevêtrement de rues et de quais habités recouvrant presque l’intégralité de la surface au-dessus de l’eau. La population, quant à elle, devait avoisiner les 5000 âmes et de nombreuses tentes et cabanes éphémères étaient déjà présentes le long de la route qui faisait le tour de l’Ile.

Nous prîmes la route du nord pour une marche d’une heure, afin de nous présenter au Daimyo et de lui demander l’hospitalité. Une fois dépassée la zone où les tentes des festivaliers bordaient la route, nous parvînmes à un pont de corde et de bois qui reliait à l’Ile principale l’île du Daimyo. Derrière une grande palissade aux portes fermées, on voyait dépasser une grande bâtisse de 4 étages. L’absence de gardes nous surprit et nous dûmes frapper sur le butoir pour qu’après 5 longues minutes, on vienne nous ouvrir. Un vieil homme ridé, se présentant comme Ikai, majordome du Daimyo, nous accueillit dans un salon d’attente, avant d’aller quérir son seigneur. Etrangement, l’imposante bâtisse semblait vide, pas un serviteur ni un garde ne la parcourait. Le rez-de-chaussée, bien que propre, montrait les signes d’un lent délabrement : peinture et laque écaillées, tentures délabrées, panneaux de papier de riz troués… et l’absence de décorations ne faisait que ressortir ces défauts. Ikai revint avec un air triste nous expliquer que son seigneur était très fatigué et ne pouvait nous recevoir personnellement. Il dût également s’excuser de ne pas pouvoir nous loger, aucune chambre ne pouvant selon lui recevoir des hôtes de notre statut.
Sentant que nous aboutissions à la fin de l’entrevue et qu’il se refusait à nous en dire plus, je sollicitai discrètement les Kamis de l’air pour qu’ils le poussent à se confier, attirant son regard et le croisant volontairement pour lancer mon sort. Je lui demandais alors nonchalamment de soulager sa conscience des problèmes qui semblaient l’accabler. Il se redressa soudain, l’air plus volontaire et nous invita à nous installer confortablement pour qu’il nous serve le thé. S’affairant à faire chauffer de l’eau et à préparer son thé, il s’ouvrit à nous : « Le malheur de mon Seigneur Moshi Ideka-sama date du suicide de sa fille bien-aimée, il y a 3 ans. Elle était tout ce qui lui restait de sa chère épouse, morte en couche. Son saut du haut de la falaise a définitivement brisé quelque chose en lui. Depuis, il n’a plus le cœur à rien, sauf à son jardin exotique, où il passe le plus clair de son temps, quand il n’arpente pas les souterrains. Il a congédié ses gardes, ses samuraïs et ses gens au fur et à mesure, ne gardant à son service que ma femme Ishofu et moi-même. A notre étonnement, il a investi dans la Fête du calamar, qui a lieu tous les ans et s’est mis à dépenser une fortune pour que le saké importé du continent coule à flot. Le plus dérangeant, c’est que les festivaliers et leurs débordements semblent lui causer plus de tort et de malheur que de bien, le poussant à toujours plus d’isolement, surtout à la période du festival. Néanmoins, des sacs de mons continuent d’affluer à nos portes, amenés par les villageois qui semblent s’être organisés pour jouer le rôle des percepteurs. Cette contradiction ne lui ressemble pas, ni le fait qu’il n’ait pu surmonter le chagrin hérité de la mort de sa fille. C’est comme si il avait perdu toute sa personnalité, lui qui était tellement fort de caractère. »
Son thé servi, il s’assit dans un fauteuil à nos côtés, semblant un peu perdu, mais le visage plus clair, comme soulagé d’un poids.
Conscients du moment de grâce que nous venions de vivre et ne pouvant visiblement plus rien obtenir ainsi, nous prîmes congé de lui après lui avoir demandé une bonne adresse où loger au Village des Calamars. Il nous indiqua l’auberge de la « Pêche généreuse », tenue par une certaine Mama Ikari.

De retour au Village une heure plus tard, nous prîmes une chambre pour quatre dans cet établissement fort joliment décoré, encouragés par la propriétaire des lieux, aussi généreuse en paroles et en forme que la pêche évoquée dans le nom de l’auberge. Sur le chemin menant aux bains dévolus aux samuraïs, je fis l’acquisition d’un kimono vert mante à col blanc et d’un masque à l’effigie d’un poulpe. Nous prîmes notre bain avec d’autres samuraï locaux et je dois avouer que la nudité d’Ayeka, bien qu’elle soit une sœur d’armes, avait de quoi dérouter même le plus difficile des samuraïs. Sa nudité laissait apparaître un magnifique tatouage complexe et d’une qualité remarquable, symbolisant un Dragon descendant de son épaule droite et s’enroulant autour de son bras pour terminer la gueule ouverte et agressive sur sa main. Une pensée me vint pour Bakono-chan, qui avait été elle-même une femme sublime, pour être aussitôt ternie par une ombre de mort. Ce moment de faiblesse passé, le bain me permit de me relaxer après cette journée passée à me vider l’estomac et à marcher. Mon ventre me signifia être enfin prêt à se remplir et je quittais aussitôt les bains, annonçant à mes amis que j’irai me promener seul ce soir en profitant de l’air frais pour me remettre de la traversée.
Habillant ma tenue aux couleurs locales, j’achetai rapidement quelques brochettes de poulpe au premier stand venu, avant de me diriger d’un pas décidé vers le nord. Il se passait dans le palais du Daimyo des choses louches et en bon Scorpion, je me devais d’enquêter de manière plus poussée, quitte à contourner les convenances. Le fait de ne pas avertir mes camarades préserverait leur honneur et si mon intuition était bonne, je trouverais de quoi les faire revenir pour aller au fond des choses.
Sur la route, je remarquai une grande bâtisse surplombant la Baie des calamars, très animée et illuminée. Visiblement, la richesse qui manquait à la décoration de la demeure du Daimyo se retrouvait chez d’autres propriétaires.

J’arrivais à la forteresse du Daimyo alors que la nuit était bien établie, sans une autre âme à la ronde. Traversant rapidement le pont, je fis jouer mes talents de serrurier pour crocheter la porte d’enceinte. Silencieux comme une ombre, je pénétrai dans le palais éclairé par quelques lanternes éparses. Passant devant l’alcôve dévolue aux ancêtres, je remarquai qu’aucune offrande n’était présente, attestant que le seigneur des lieux ne devait pas les honorer. Le reste du rez-de-chaussée était vide. Sentant un courant d’air au niveau du sol, je trouvai enfin ce que je cherchai : la porte menant aux souterrains. Je fabriquai une torche avant d’invoquer une flamme sur cette dernière et de descendre un long escalier maçonné. Arrivé en bas, je marchai durant 10 minutes dans un tunnel qui revenait vers l’île principale, avant de déboucher dans une galerie naturelle, d’où partaient plusieurs boyaux… Je choisis celui de droite et avançai avec précaution.
Après quelques minutes, une forme tentaculaire spectrale sortit soudain de l’obscurité du tunnel que j’arpentais, se dirigeant vers moi et me pétrifiant de stupeur. Le tentacule voulut me toucher mais un flash lumineux émis par l’amulette de Fukurokujin que je portais sur le torse le stoppa net avant de le désagréger. Recouvrant mes esprits, je profitai de l’aubaine pour rebrousser chemin au pas de course, décidant de ne pas pousser ma chance. Cette créature n’avait rien de naturel et je gageai que Kyoshi-san saurait confirmer s’il s’agissait d’un Oni ou non. En tout cas, ça n’avait rien à voir avec l’Ombre rampante. Quoi qu’il en soit, j’avais trouvé une bonne raison de le faire descendre ici et d’enquêter plus avant. Restait à lui expliquer cela d’une manière convaincante, sans révéler ma visite nocturne. Et dire que le Daimyo passait du temps seul dans ces souterrains…

De retour au palais du Daimyo, je décidai de monter voir dans les étages si d’autres éléments pouvaient m’éclairer. Il était environ minuit, je pouvais me permettre un peu plus d’enquête.
Au premier étage, visiblement entretenu et éclairé par quelques lanternes, je repérai la respiration régulière d’Ikai et de sa femme. Les autres pièces étaient vides.
Le second étage était également vide, à l’exception d’une pièce utilisée comme pièce d’étuve.
Le troisième étage était éclairé par un jeu de lumières tamisées, derrière une porte. J’avais trouvé les appartements du Daimyo.
J’entrouvris la première porte, donnant sur une salle de réception propre et richement meublé, distribuant trois pièces. De la lumière provenait de derrière la cloison de droite. J’empoignai le parchemin du Sommeil du Vent, avant d’entrouvrir le panneau en feuille de riz le plus silencieusement possible. Le Daimyo, vieux et courbé, me montrait son dos et semblait méditer devant un autel, probablement celui de sa fille. Je lançais immédiatement mon sort et le vis s’affaisser un peu plus, sa respiration se faisant plus profonde. J’examinai rapidement sa chambre sans m’approcher de lui, avant de passer à son bureau, vide de tout document. Dans la bibliothèque cependant, je trouvai un coffret qui à ma surprise contenait trois grosses pépites minérales noires, ressemblant fortement au matériau composant le No Dachi de Kyoshi-san. Je tenais mon second levier.
Le quatrième étage était poussiéreux et semblait totalement vide, aussi ne m’y aventurais-je pas.

Je fus de retour à l’auberge de la Pêche généreuse à 2 heures du matin et me couchai sans plus attendre.
Au réveil, j’appris que mes compagnons avaient passé la soirée sur la baie, dans le restaurant réputé de maître Subotai. Les restaurants étaient directement perchés au-dessus de la baie, afin de pouvoir y pêcher en direct les calamars qui venaient s’y reproduire en cette saison. Ijatsu-san, fidèle à ses traditions, aurait fait honneur au saké du festival. Le maître des lieux étant plutôt bavard, ils apprirent que le fameux saké était payé par le Daimyo, qui percevait les taxes que relevaient diligemment pour lui les collecteurs d’un certain Yazuki Jaba « -sama ». Il aurait embauché la plupart des gens et samuraïs qui avaient été remerciés par Mochi Ideka-sama il y a 3 ans. Yazuki Jaba assurait depuis lors officieusement le rôle de protecteur de l’île et cela semblait convenir à tout le monde. Son influence, déjà conséquente depuis de nombreuses années, s’était vu grandir radicalement ces trois dernières années. Etonnement, il habitait la riche résidence surplombant la baie que j’avais aperçue hier soir. A l’accord général, une visite chez Yazuki Jaba « -sama » s’imposait.
De plus, Subotai se souvenait de Tsurushi Akame-san, bien qu’il ait fallu lui tirer les vers du nez et qu’il ait dit l’avoir vu il y a un an, alors qu’il avait été envoyé ici il y a 6 mois.
Je demandais alors à Kyoshi-san, sur un ton anodin, de quelle matière était fait son No Dachi et s’il possédait des propriétés particulières. Il me répondit que l’obsidienne, ou Sang de Père Lune, était un matériau mystique, dont le contact rendait fou. Celle composant sa lame était enchantée et sans danger.
La nuit m’ayant porté conseil, je me lançai alors : je confiai à mes camarades qu’après ma prière aux fortunes, lors de ma méditation d’hier soir, j’avais eu une vision très convaincante, concernant le palais du Daimyo. J’y avais vu une importante quantité de minerai d’obsidienne dans un coffre placé dans une pièce du palais. J’y avais également vu un long couloir souterrain, habité d’une créature spectrale et tentaculaire, que je décrivis le plus précisément possible au Crabe. Il répondit que cela ressemblait fort au pouvoir de tentacules d’ombres de certains Oni, qui leur permettent de prendre le contrôle de ceux qu’ils parviennent à corrompre, confirmant mon pressentiment et abondant en mon sens : il fallait y aller, pour la sécurité de l’Empire.

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Chapitre deux

Message  Babanek le 28/02/17, 01:42 am

Descendus nous restaurer, Mama Ikari nous présenta à 2 autres Yorikis impériaux fraîchement débarqués et envoyés par Doji Yamato-sama pour nous assister. Ils nous donnèrent une description plus précise de Tsurushi Akame-san : 40 ans environ, grand et robuste, cheveux grisonnants, petite barbe noire et une réputation de bon vivant. Isawa Taiko était un shugenja du Phénix, habillé d’un riche kimono long jaune et orange à motifs de flammes. Shiba Dozan, duelliste du Phénix, était le célèbre Champion de Topaze de son Genpukku. Nous fîmes connaissance durant nos ablutions matinales, puis leur fîmes un résumé de l'avancée de l'enquête, avant de nous diriger vers le palais de Yazuki Jaba.

Vue de près, sa demeure était plus que cossue, à l'image de ce devrait être celle de Moshi-sama. En voyant nos insignes de Yorikis, l'un des deux samurais de garde nous invita à le suivre, nous faisant emprunter maints tours et détours, pendant que son compagnon prenait probablement un chemin plus expéditif pour prévenir son maître. Nous fûmes enfin introduits dans une salle de réception comprenant une trentaine de personnes, parmi lesquelles une quinzaine de samurais, une dizaine d'heimins armés et quelques courtisans. Yazuki Jaba, plutôt empâté mais richement vêtu, trônait superbement sur un tas de coussins, nous observant d'une manière presque obscène. Brisant la glace, nous lui demandâmes s'il connaissait le Yoriki Tsurushi Akame et un marchand dénommé Chozu. Il répondit qu'il n'avait qu'entendu parler du premier, mais que Chozu était un fournisseur de Maître Subotai et que ce dernier serait ravi d'apprendre qu'une enquête avait lieu sur cette disparition. Il semblait en cacher bien plus qu'il n'en disait, mais nous nous arrêterions ici pour cette fois.

Quittant cette étrange assemblée, nous nous rendîmes plus au nord, au château du Daimyo. Après nous avoir fait patienter dans la même pièce que la veille, Ikai nous conduisit cette fois au 4e étage, dans les appartements de Moshi Ideka-sama. Il nous confia avoir reçu Akame-san, qui lui avait posé des questions sur les disparitions ainsi que sur les affaires courantes de ses terres et sur le sort de sa fille. Moshi-sama lui avait alors répondu que le village à une heure vers l'ouest était maudit et que sa fille Imeiko s'y était jetée du haut de la falaise il y a 3 ans. Le Yoriki l'avait également interrogé sur le vieux temple de la montagne, à l'ouest de l'île : il était dédié à Suitengu, un kami de l'eau.
Nous en vîmes aux souterrains de son château, auxquels nous voulions accéder. Il fondit alors en larmes et avoua enfin que sa fille n'était pas morte, mais détenue prisonnière par le Oni qui l'avait capturée il y a 3 ans. Il se leva et produisit de son étude un coffret, d'où il sortit les 3 blocs d'obsidienne que j'avais « vu en rêve ». D'après lui, elles étaient dans sa famille depuis plus d'un siècle et provenait d’un filon présent sous le volcan éteint. Le Oni lui avait ordonné, en échange de la vie de sa fille, de taire l'exploitation du filon d'obsidienne ainsi que l'enlèvement des habitants du village maudit, qui servaient de main d'œuvre dans la mine. L'Oni profitait du festival pour remplacer les esclaves à la durée de vie écourtée par le travail dans la mine par des voyageurs dont on ne noterait pas la disparition. Grâce à ses tentacules, il pouvait prendre le contrôle de ses proies et les rendre dociles et obéissantes à volonté. Moshi-sama avoua enfin qu'il avait empoisonné Akame-san par peur qu'il ne découvre la vérité. Il ajouta qu'il avait pratiqué un rituel pour lier sa fille au kami du feu habitant le volcan de l'île, afin de se venger si sa fille venait à mourir. Le volcan entrerait alors en éruption, condamnant toute l'île.

Après lui avoir assuré que nous libérerions sa fille, nous nous rendîmes au village maudit, où rien ne subsistaient que des ruines, avant de nous rendre au vieux temple. Là, le moine Onzu nous confia avoir rencontré Akame-san, auquel il aurait expliqué que les habitants du village maudit avaient disparus du jour au lendemain. Taïko-san entra alors en communion avec les esprits alentours, pour découvrir que le kami du feu habitant le volcan était prisonnier sous l'autel de Suitengu. Les deux membres du clan du Phénix eurent tôt fait de déplacer l'autel avec déférence, libérant le kami et mettant à jour un passage menant dans les entrailles de l'île. Taïko-san fit alors un pacte avec le kami, obtenant son aide contre la promesse de reconstruire le temple du Feu après avoir déplacé celui de Suitengu, de faire boucher les entrées de mer sous son temple et de mettre en place un festival du feu 1 à 3 fois par an.

Equipés de torches, nous pénétrâmes dans les souterrains. Rompu au combat contre les Onis, Kiyoshi-san fournit à Dozan-san et à Ijatsu-san un sachet de pâte de jade, dont ils enduisirent leurs armes, afin d'espérer pouvoir blesser le démon. Guidés par un petit kami de feu prenant la forme d'un feu follet, nous pûmes rapidement parvenir à la geôle de Moshi Imeiko-sama, la fille du Daimyo. Torturée par la peur et la malnutrition, elle gisait en boule dans le coin d'une cage. Ijatsu-san trouva rapidement la clé de sa prison et ouvrit sa cellule en chantant doucement une ode dédiée à la grâce d'Amaterasu. Le stratagème fonctionna, la jeune fille émergeant de ses cauchemars pour nous voir enfin, avant de s'avancer pour sortir. Mais elle se figea soudain, son regard fixé sur le tentacule noir et immatériel venant d'apparaître derrière nous. Plusieurs d'entre nous furent pétrifiés par la vision de cette créature monstrueuse qui se dessinait, arborant en plus de ses appendices de longs doigts griffus ainsi qu'un katana et une armure d'obsidienne. Kyoshi-san cracha en prononçant le nom d'Oni no Fuburu, avant de se lancer sur le démon. Le combat fût âpre, la créature nous attaquant de ses sorts impies comme de son arme maudite ou de ses griffes, prélevant un lourd tribut de blessures. Nous répondîmes par le courage et la bravoure, sapant son énergie petit à petit, la pâte de jade suffisant à peine pour entamer son cuir ou son armure. Kyoshi-san encaissa un nombre impressionnant de dommages, qui aurait couché n'importe lequel d'entre nous depuis longtemps. Notre salut vint de Taïko-san, qui déchaîna sur l'Oni les flammes du Phénix, permettant à Ayeka-san de trouver la faille pour finalement achever le démon de son wakizashi enchanté de jade.
Les captifs, que leur maître avait appelés à l'aide, accouraient lorsqu'il trépassa, recouvrant soudainement leurs esprits et éclatant en sanglots une fois la tension retombée. Ils étaient au nombre d'une cinquantaine, dont une vingtaine gravement touchés par la souillure. Nous décidâmes d'en sauver le plus possible, prévoyant de les envoyer se faire soigner sur les terres du Crabe.

Lorsque nous fûmes de retour au château du Daimyo avec Moshi Imeiko-sama, son père refusa de lui parler, écrasé par la honte et nous demanda la permission de pratiquer le Seppuku afin de laver son honneur. Nous lui concédâmes ce droit et Ayeka-san se proposa pour l'assister, le décapitant tel un guerrier une fois que celui-ci se fut ouvert le ventre de son tanto. Nous remîmes alors à Moshi Imeiko-sama la lettre que lui avait laissée son père, où il relatait ce qui s'était passé depuis son enlèvement.
Après quelques jours passés à tenir notre promesse au kami du feu du volcan, nous reprîmes la mer, accompagnés d'Imeiko-sama, afin de la présenter à Doji Yamato-sama et de plaider pour qu'elle succède à son père en tant que Daimyo du Mille-pattes sur l'île du Levant. Quelques jours plus tard, nous apprîmes que ce souhait lui avait été accordé et qu'elle se marierait bientôt avec un membre du clan du Crabe.

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Chapitre trois

Message  Babanek le 28/02/17, 01:47 am

Deux mois passèrent, durant lesquels nous furent confiées des missions plus traditionnelles, du relevé de l'impôt à la vérification de documents en passant par des rapports sur divers intervenants. une chose au moins était claire : au Village de l'Eau pure, bien que la loi soit la même que partout dans l'Empire, on évitait de regarder de trop près ce qui pouvait bénéficier, de près ou de loin, à la mission première du clan du Crabe, à savoir protéger nos terres de l'Outremonde. Les rapports sur la contrebande, les produits exotiques et la prostitution semblaient mystérieusement disparaître pour aller caler des armoires ou allumer des braséros. Comme on dit chez les Scorpions : "la fin justifie les moyens".
Doji Yamato-sama nous convoqua un beau jour, ayant reçu pour nous une invitation au mariage unissant dans 10 jours Moshi Imeiko-Sama à Kuni Fujirai-san du clan du Crabe. Se joindrait à nous un autre Yoriki du Village des Eaux Pures : Hida Tadoshi-san, qui avait servi sur et de l'autre côté du Mur des Bâtisseurs avec Kuni Fujirai-san.

Je préparai pour Imeiko-sama une calligraphie d'une prière Scorpion à 3 niveaux de lecture, que je traçai sur la face intérieure du masque de poulpe que j'avais acheté à l'occasion de notre dernière visite. Puisse-t-il masquer ses peurs, protéger son âme et lui fournir toujours une longueur d'avance contre ses opposants. J'appris par la suite que mes compagnons avaient mis tout autant de cœur à leurs présents.
Ijatsu-san fit fabriquer un arbre généalogique sur du bois précieux, afin qu'Imeiko-sama n'oublie jamais ses origines et construise sereinement son futur.
Kyoshi-san fit faire un éventail de qualité, serti d'un éclat d'onyx, présentant une fois déplié l'île du Levant.
Ayeka-san fit calligraphier sur un parchemin la prière à Amaterasu qui sortit Imeiko-sama de sa prison d'infortune.
Dozan-san apporterait un petit braséro, évoquant la défaite de l'Oni comme le pacte avec le kami du volcan ou encore la lignée du Phénix.
Le capitaine Yazuki Solo n'étant pas disponible malgré notre demande, c'est un esquif piloté par 4 heimins qui nous amena sur l'Ile du Levant. Je parvins cette fois à tenir mon estomac, n'ayant rien mangé le matin du départ pour plus de sureté. Dozan-san, lui, n'eût pas cette chance et je l'accompagnai de prières compatissantes.

L'ile du Levant semblait bien vide et calme, maintenant que le festival du calamar était terminé. Les pontons en travers de la baie avaient disparus, de même que les tentes des festivaliers. J'appris que le temple dédié au kami Suitengu avait été déplacé en ville et m'y rendis immédiatement afin de le prier et de lui vanter la nouvelle position de son temple, aux abords de la baie et fréquemment visité par les villageois des calamars. Hida Tadoshi-san m'accompagna, visiblement fervent en matière de kamis aquatiques comme tout Crabe qui se respecte. Une fois notre troupe retrouvée en terrasse, où Ijatsu-san vérifiait la qualité du saké local, nous allâmes prendre un bain, désirant être frais pour nous rendre au palais du Daimyo. J’en profitai pour faire un peu plus connaissance avec Dozan-san et le rassurer sur les manières des Scorpions. Les préjugés ont la peau dure et il est facile de nous cataloguer comme des voleurs ou des assassins. Aussi me fis-je fort de rectifier cette vision biaisée que bien des gens ont de notre clan. Satisfait et apaisé, Dozan-kun me fit en échange le récit de sa jeunesse et me proposa même de me servir de champion si je devais un jour avoir à défendre mon honneur.
Mama Ikari, ravie de nous retrouver, nous apprit que le saké serait désormais payant au festival du calamar, pour le plus grand malheur d'Ijatsu-san. Elle ne prévoyait cependant pas une perte significative de clientèle, prenant les choses avec philosophie et impatiente du renouveau. Elle nous apprit que Yazuki Jaba "sama" n'était pas ravi de l'état des choses, mais qu'il poursuivait ses affaires malgré le départ de presque tous ses ronins vers le palais Moshi, afin de prêter à nouveau allégeance au Mille-pattes. Le village maudit du nord aurait été réhabilité et rebaptisé les Forges de la Lune.

Nous parvînmes en fin d'après-midi au palais du Daimyo, dont les espaces extérieurs semblaient un peu plus entretenus qu'avant. Deux samuraïs vêtus de jaune et de vert nous accueillirent et nous annoncèrent que nous étions attendus. Le vieil Ikai nous salua chaudement avec force de courbettes, visiblement joyeux quoique très fatigué. L'intérieur de la demeure était à présent plus meublé mais demeurait austère. Ikai nous mena enfin à la grande salle déjà fort peuplée.Imeiko-sama, bien plus en forme qu'il y a deux mois, portait haut les couleurs de sa famille et se révélait ravissante. Elle nous accueillit avec une chaleur que nous lui rendîmes. Kuni Fujirai-san était le plus élégant et le plus distingué des Crabe qu'il m'ait été donné de voir et son visage s'éclaira franchement en saluant Tadoshi-san. Son naturel faillit le reprendre alors qu'il partait dans une anecdote mettant en scène les deux samurais de l'autre côté du mur, mais comme le dit le proverbe consacré chez les Crabes "Ce qui se passe en Outreterre reste en Outreterre". Les fiancés nous présentèrent les autres invités présents.
Moshi Wakiza-sama était la fille du Champion du clan du Mille-pattes, shugenja de talent et visiblement proche de Moshi Imeiko -sama.
Moshi Sumai-san était le Karo (intendant) de Moshi Imeiko-sama.
Isawa Kitsukawa-san, shugenja du Phénix en âge de devenir moine, était accompagné de son yojimbo Shiba Reikun-san.
Hida Moto-san, imposant bushi en armure lourde armé d'un tetsubo était le yojimbo de Kuni Fujirai-san.
Kuni Ryuki-san, une shugenja dérangeante au regard fou et au visage peint était l'assistante du futur seigneur.
Kaiu Miryeko-sama était un maître forgeron réputé du clan du Crabe, connue dans tout Rokugan pour ses œuvres en jade, en obsidienne et en cristal.

Une dizaine de samuraïs du Mille-pattes était également de la partie, dont certains visages vus chez Yazuki Jaba. Quelques heimins notables de l'île, dont Kiku et Rei, les chefs du Village du Riz, mais aussi Mama Ikari ou encore maître Subotai complétaient l'assemblée.
Alors que la table était dressée, arriva Dietsu-sama, représentant le Champion du clan de la Mante et encadré de ses deux yojimbos jumeaux, Turo et Kobai.
Ils furent rapidement suivis par Kaiu Yochimi-san, protecteur de Kaiu Miryeko-sama.
Ijatsu-san apprit d’Imeiko-sama que c'était Yazuki Solo-san qui l'avait mise en relation avec son fiancé, lors de son retour vers l'Ile du Levant. D'un air inquiet, elle surveillait d'ailleurs la porte. Le Crabe qui avait participé aux préparatifs était attendu par la Daimyo.

Je me renseignai un peu sur le travail des minerais mystiques que forgeait Kaiu Miryeko-sama et elle m'apprit que si l'obsidienne avait sur les Onis et les Ombres un pouvoir conséquent, le jade lui était supérieur et le cristal les surpassait encore. Mais il était plus que rare et très difficile à travailler.
Je vis avec amusement que Kyoshi-san avait trouvé en la présence de sa compatriote Kuni Ryuki-san la seule personne qui osait lui parler. Il le lui rendait bien d'ailleurs.
Nous allions passer à table quand arriva Yazuki Jaba, suivi de 2 ronins. Le premier était une montagne de muscle nommé Grido et le second, plus mystérieux, arborait un masque cachant son visage. Un frisson d'excitation parcourut notre Champion de Topaze, qui nous confia être sûr, à sa démarche, que cet homme masqué était un duelliste Kakita.

Nous fîmes bonne chère de succulents fruits de mer et poissons, accompagnés par un orchestre. Tadoshi-san fit des avances franches à Moshi Wakiza-san, qui semblait y répondre avec amusement, malgré la présence entre eux d'un Dozan-san un peu embêté d'être pris entre deux feux.
Arriva le moment tant attendu du discours de Imeiko-sama, qui après nous avoir tous remerciés de notre présence, donna la parole à Dietsu-sama, qui se leva, soudainement sombre :
« Je ne saurais dire si cette union doit être bénie ou s’il s’agit d’une malédiction… Le clan de la Mante est inquiet… si notre alliance avec le Clan du Mille Pattes satisfait pleinement notre seigneur Yoshitsune, il se doit avant tout de protéger son peuple.
La captivité que vous avez subie pendant trois longues années dût être une épreuve terrible. Que vous sembliez en être sortie sans succomber à la perversion de la souillure de l’Outremonde prouve combien votre lignée est forte et honorable. Bien entendu, les représentants du trône d’Emeraude eux même, ici présents, ont pensé pouvoir confirmer votre aptitude à gouverner l’île du Levant…
Toutefois, cette responsabilité, y compris devant l’Empereur, revient au Champion de notre clan qui m’a confié le soin de le représenter… Shinsei l’a dit : De mauvais débuts ont de mauvaises fins et Seul l’homme avisé voit l’obstacle tel qu’il est réellement et non pas tel qu’il semble être.
Le contact prolongé que vous avez eu avec les larmes de seigneur lune comme avec cette créature corrompue laisse planer les germes d’un malheur futur… là où la caution d’un clan qui serait prêt à se condamner lui-même pour mieux connaître son ennemi ne peut être une garantie suffisante.
Lorsque votre père a lavé l’honneur de votre famille et de vos ancêtres, il a purifié le passé mais n’a apporté aucune garantie pour l’avenir.
Je crains que votre pureté ne soit plus à la hauteur de celle de votre lignée et nous refusons de prendre le risque de souiller celle de notre alliance avec le Mille Pattes. »

Hida Tombo-san fût le plus prompt à se lever, prêt à en découdre pour mettre fin aux insultes du courtisan. Les autres restèrent impassibles, seule Imeiko-sama pouvant répondre à l’affront.
« Dietsu-san (il était évident qu’un représentant du champion de la Mante devait avoir droit à du Sama), Shinsei nous enseigne également que : Le fait de suivre une lumière trompeuse ne peut qu’entraîner plus profondément dans les ténèbres. Vos paroles ne sont pas dignes de votre Champion et vous devrez les assumer seul. Ce sont là des accusations qui mettent en cause le clan du Crabe, les Magistrats de l’Empereur, mais aussi et surtout, mon honneur. Si Amaterasu ne m’avait pas protégée de la souillure et de la corruption de l’Outremonde ainsi que de la folie d’Onnotangu, il aurait été de mon devoir de mettre immédiatement fin à ma vie. Insinuer que je puisse être sous l’effet d’une quelconque corruption, plus que la mise en cause de la compétence ou de la probité de ceux qui pourraient témoigner en ma faveur, revient à jeter sur moi et sur ma lignée un déshonneur que je ne saurais tolérer. Je me vois donc contrainte d’en appeler à un duel à mort pour que cet affront soit lavé et mon honneur restauré. »

Dietsu-sama resta calme et serein. « Qu’il en soit ainsi. Qui sera votre Champion ? »
Imeiko-sama se tourna vers l’assemblée. Moshi Sumai-san montra qu’il était prêt à être choisi, Hida Tomo-san resta debout, mourant d’envie de régler l'affaire… Dozan-san fût prompt à se lever, suivi par Kaiu Yochimi-san, Tadoshi-san puis Ayeka-san. « Nul autre que le Champion de Topaze ne saurait mieux protéger mon honneur devant les Kamis et les Fortunes."
Dietsu-sama se tourna vers le rônin masqué et lui fit signe de découvrir son visage. « Mon champion sera le rônin Dairya, entré depuis peu à mon service. » Je sentis Dozan-san grincer des dents... sans doute un redoutable adversaire. A l'opposée, je vis dans un éclair le visage de Yazuki Jaba emprunt d'une joie sadique, avant qu'il se recompose une façade d'impassibilité.

Imeiko-sama : « Ce duel sera à mort. Celui d’entre nous dont le champion sera tué se fera Seppuku. Si votre Champion l’emporte, ma lignée sur les îles du Levant s’éteindra, l’alliance entre le Clan du Mille Pattes et le Clan de la Mante perdurera et n’en sera en aucun cas entachée. Il vous reviendra alors le devoir de choisir un nouveau seigneur pour gouverner l’île du Levant et protéger mon peuple. Si mon champion l’emporte, la duplicité de vos accusations sera prouvée, je serai confirmée dans mes prérogatives de Daimyo de l’île du Levant, le Champion du Clan de la Mante sera informé de votre déchéance et de votre décès et il nommera un autre émissaire pour bénir mon mariage et valider les accords scellés avec le clan du Crabe.
Toutefois, ce duel ne saurait avoir lieu sans l’autorisation de votre seigneur. Je vais donc de ce pas lui faire parvenir un message par voie magique, afin qu’il puisse donner son autorisation sans tarder et que nous puissions rapidement oublier cette mascarade. En attendant, je vous demande de ne pas quitter cette île afin de faire face à vos responsabilités. » La Daimyo de l’île du Levant prit congé sans plus attendre, suivie de Moshi Wakiza-sama.

Dietsu-sama et Jaba se retirèrent aussitôt ensemble, le Crabe ayant proposé au diplomate de la Mante de loger chez lui, ce dernier n'étant « probablement plus le bienvenu ici ». Ils furent suivis après quelques minutes de  par Tadoshi-san qui voulait les surveiller.  Le froid jeté sur la cérémonie était proche du zéro absolu et il nous fallut quelques minutes pour digérer la nouvelle et nous activer.
Dozan-kun nous confirma que Dairya était un redoutable bretteur, faisant partie du haut sa liste d'hommes à battre, mais qu'il n'espérait pas avoir à l'affronter avant des années.
Je questionnais les kamis de l'air pour savoir si des échanges avaient eu lieu entre Dietsu-sama, Jaba et Dairya. Leur réponse négative laissait penser que les événements récents, s'ils avaient été planifiés, l'avaient été en d'autres temps et lieux. Le fait que le rônin Dairya se soit présenté avec Jaba mais soit en réalité employé par Dietsu-sama donnait le change, concernant une duel qui ne pouvait qu'être invoqué par la jeune Daimyo dos au mur. Dire qu'il allait falloir prouver un complot de Jaba contre son seigneur avec si peu d'éléments concrets...

Lorsque Moshi Wakiza-sama revint des niveaux supérieurs, nous nous rapprochâmes d’elle.
Elle venait d’envoyer par voie magique une requête à Yoshitsune-sama, qui nous envoyait son fils Yoritomo pour juger l’affaire. Il serait présent demain en fin de journée. Elle gardait ses réserves quant à cette nouvelle, le fils du Daimyo de la Mante pouvant faire basculer la situation d’un côté comme de l’autre de la manière la plus expéditive qui soit. Son père ayant atteint l’âge de la retraite et son Genpukku passé, il serait très rapidement promu Champion de la Mante et ne manquerait pas d’utiliser cette occasion pour asseoir son autorité. Les Moshi gouvernaient l’Ile du Levant depuis 3 générations, ce qui permettait de garder un lien entre le Mille-pattes autrement cantonné à une petite vallée du continent et la Mante à qui appartenaient les terres et qui avait des visées expansionnistes. Couper ce lien irait donc à l’encontre de la politique de la Mante. Toutefois, faire avorter un mariage rapprochant les clans du Mille-pattes et du Crabe n’était pas dénué de sens si l’on considérait que Crabe et Mante étaient loin de s’entendre au-delà des apparences.
A nos questions, elle répondit qu’elle avait appris la venue de Dietsu-sama hier après-midi et qu’il résidait chez Jaba depuis son arrivée. Si le Crabe opulent avait les moyens de se payer les services de Dairya, ce n’était probablement pas le cas du porte-parole de la Mante.
Elle finit par nous conseiller de trouver Yazuki Solo-san, qui aurait des choses à dire sur Jaba, ayant travaillé avec lui longtemps avant qu’un contentieux les sépare. Qui plus est, le capitaine Solo avait aidé Imeiko-sama alors que Jaba le lui avait refusé.
Mama Ikari, dévastée par la nouvelle, nous indiqua que Yazuki Solo-san mouillait au port du Village des Pêcheurs, afin de garder une distance respectable avec le palais de Jaba. Elle nous expliqua que Jaba était auparavant surnommé « le Forestier » car travaillant à l’exploitation de la forêt couvrant les pentes du volcan. Il avait déménagé il y a 3 ans, s’installant à la baie des calamars et se mettant à importer le saké qu’il vendait au seigneur Moshi Ideka-sama à prix d’or.

La soirée étant avancée, nous décidâmes de nous reposer et de partir tôt le lendemain vers le Village des Pêcheurs pour retrouver Yazuki Solo-san. Au petit déjeuner, Ijatsu-san nous dit avoir parlé un peu plus avec Kuni Fujirai-san. Il s'avérait que le clan du Crabe visait la mine d'obsidienne, vitale dans sa guerre contre l'Outremonde. Son clan l'achèterait s'il ne pouvait l'exploiter, quitte à trouver des moyens plus brutaux en dernier recours... Il lui avait également confié qu'étant plus riche, Jaba était donc mieux placé que Yazuki Solo-san au sein du clan, qui l'appuierait d'avantage que notre gentil vaurien de capitaine. Enfin, il avait confirmé que le pacte liant Imeiko-sama au kami du volcan était dissous.

Nous atteignîmes le Village des Pêcheurs en milieu de matinée. En vue du bord de mer, nous pûmes apercevoir le Faucon des Mers au bout de la jetée. Laissant derrière nous les quelques bateaux non partis en pêche, nous remarquâmes la tête d'un nezumi dépassant difficilement d'entre deux caisses posées sur le pont. Chiko reposait au milieu d'un bain de sang séché, le ventre visiblement percé par une pique et le corps couvert de contusions et d'entailles. Kyoshi-san lui administra les premiers soins, que je complétai par "La voie de la paix intérieure", prière aux kamis de l'eau pour accélérer sa guérison.
Ijatsu-san jeta un rapide regard sur le pont avant de nous annoncer qu'il s'agissait uniquement du sang du nezumi, qui avait dû se trainer après avoir repris connaissance pour boire, avant de sombrer à nouveau. Les vêtements prévus par Yazuki Solo-san pour les noces furent retrouvés,  toujours emballés et neufs.
Nous voulions en savoir plus mais aucun d'entre nous ne parlait le nezumi. Profitant du regain de vigueur de Chiko, je lui demandai s'il comprenait notre langue et pouvait couiner une fois pour oui, deux fois pour non. Nous pûmes ainsi apprendre que 6 assaillants qui lui étaient inconnus avaient capturé son compagnon et l'avaient laissé pour mort. Pas d'homme borgne ni portant de vêtements Yazukis parmi eux. Chiko entreprit, clopin-clopant, de nous mener à l'Orochi, la taverne du village. Il nous invita à entrer, préférant nous attendre dehors, caché.

Un gamin d'une quinzaine d'années nous accueillit dans une auberge qui était en réalité un bateau échoué assez loin de la plage mais qui avait une vue imprenable sur le port. Au nom de Zanko, il appela son père en lui annonçant que des magistrats voulaient le voir. Un vieil homme finissant de s'habiller déboula, sa jambe de bois résonnant sur l'escalier et corrigeant son fils "Des Yorikis impériaux, pas des magistrats !!! Messeigneurs pardonnez-le..."
Il ne savait pas où pouvait être notre homme, mais le petit Ando, son fils, intervint alors : "Euh moi je sais, j'ai tout vu... Je rentrais de la pêche à la nuit tombée, il y a 2 jours, quand les forestiers l'ont capturé. Un des ashigarus (paysans armés) surveillait le port depuis quelques jours et il a couru chercher du monde en voyant le Faucon des mers  se mettre à quai. Puis je les ai vus se diriger vers la jetée. J'ai entendu des cris, mais j'ai pas bien vu... j'étais caché. Il y avait cinq ashigarus et Mentokei, un des forestiers qui travaillait pour Jaba quand il habitait dans les bois. C'était son garde du corps je crois. Combien ils sont là-bas? Une dizaine je crois. Ils nous embauchent de temps en temps pour mettre des marchandises  sur l'Ile du Phare. Euh... oui je peux vous guider à leur cabane, mais ils vont pas être contents, je crois... oui, oui, on y va." Nous demandâmes au vieux Zanko d'héberger Chiko et de le cacher jusqu'à notre retour.

Il nous conduisit, à l'orée de la forêt où il nous indiqua un chemin, qu'il fallait suivre une haure durant, jusqu'à une clairière dans les bois. Arrêtant là le garçon, Ijatsu-san le remercia avant de lui confier son insigne de Yoriki. Il lui ordonna de se rendre au palais du Daimyo et de dire à Imeiko-sama où nous étions et ce que nous faisions. Poussant plus avant, nous empruntâmes la voie forestière, terminant comme prévu au niveau de la clairière où siégeait une scierie et une maison de forestiers. Si certains d'entre nous avaient le pas leste et discret, d'autres ne s'embêtaient pas pour passer inaperçus, aussi nos ennemis ne furent pas surpris de notre arrivée. Un couple d’ashigarus se tenait près de la scierie, montant la garde, tandis qu'un autre tandem encadrait la porte d'une grande bâtisse en bois.  
Ils chargèrent en donnant l'alarme, faisant tournoyer leurs haches. Ayeka-san et Ijatsu-san foncèrent sur la bâtisse tandis que nos deux Crabes prenaient vers la scierie. Je priai les kamis du feu pour que le katana de Dozan-san devienne une "Lame Acérée", avant de faire pleuvoir les éclairs grâce à la "Fureur d'Osana-Wo". Des renforts arrivèrent bientôt, plus vite que nous ne vainquions nos opposants. Notre fille du Dragon encaissa une vilaine frappe de kama, mais tint bon contre quatre adversaires, leur opposant une barrière d'acier de son niten. Le champion de Topaze fit des miracles, tranchant les heimins comme des fétus de paille, à l'image de Kyoshi-san, qui de son No Dachi d'obsidienne coupa en deux un bûcheron dans le sens de la hauteur. Arriva un bushi d'une stature impressionnante, maniant deux kamas simultanément. Repoussée dans ses derniers retranchements, Ayeka-san émit soudain un cri bestial, suivi d'une explosion de flammes, baignant ses adversaires de feu et en carbonisant un pour de bon. Au prix d'une lutte interne de courte durée, ses yeux, qui étaient devenus deux braises de violence, redevinrent normaux. Un vrai dragon miniature ! Alors que Kyoshi-san avait forte affaire avec son adversaire, qui ne pouvait être que Mentokei, je remarquai que le bushi saignait d'un sang noir, probablement la raison de sa résistance accrue. Comprenant qu'il était souillé, je déchainai sur lui une "Frappe de Jade", dernier sort que je pourrais me permettre aujourd'hui, malheureusement sans succès. Tadoshi-san vint finalement au secours de son compatriote et le poussa à la faute pour que Kyoshi-san l'achève de son grand sabre.

En sous-sol, nous trouvâmes enfin Yazuki Solo-san, bien amoché et blessé à la tête. Une grille que nous ouvrîmes révéla une pièce pourvue de coffres et de wagons où brillaient des éclats d'obsidienne. Des rails en partaient à travers un boyau s'enfonçant vers les entrailles du volcan.


Dernière édition par Babanek le 08/03/17, 10:07 am, édité 1 fois

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Chapitre quatre

Message  Babanek le 08/03/17, 01:46 am

En sous-sol, nous trouvâmes enfin Yasuki Solo-san, bien amoché et blessé à la tête. Une grille que nous ouvrîmes révéla une pièce pourvue de coffres et de wagons où brillaient des éclats d'obsidienne. Des rails en partaient à travers un boyau s'enfonçant vers les entrailles du volcan.

Yasuki Solo-san libéré, Kyoshi-san s'empressa de lui appliquer les premiers soins, mais ses récents passages à tabac l'avaient laissé groggy. Alors que nous nous préparions à repartir, après une bonne heure supplémentaire de repos, nous entendîmes le pas forcé d'une dizaine de personnes arrivant de la forêt.
Apparurent cinq bushis du Mille-pattes encadrant Isawa Kitsukawa-san et menés par le petit Ando, visiblement à bout de forces. A notre étonnement, Bayushi Minoko-san les accompagnait.  Bénie par Benten, la samouraï-ko du Scorpion masquait à peine son visage par de fins embellissements de perles et son kimono cramoisi et moulant ne cachaient rien de ses formes pleines mais athlétiques.
Elle nous apprit que Doji Yamato-sama avait décidé de se rendre personnellement sur l'Ile du Levant pour assister aux événements, accompagné de quelques Yorikis. Il avait appris en arrivant que l'un de ses Magistrats était sous le coup d'un duel à mort pour défendre l'honneur de Moshi Imeiko-sama contre celui du représentant du Champion de la Mante. Ando était alors arrivé, poussé par les kamis du vent, délivrant l'insigne d'Ijatsu-san et indiquant notre localisation et nos intentions. Le Magistrat d'Emeraude avait immédiatement envoyé cette troupe nous rejoindre.
Ne perdant pas un instant, Ijatsu-san ordonna aux 2 étas accompagnant la troupe de fouiller les cadavres les ashigarus et du bushi Mentokei. Il s'avéra que 5 des ashigarus étaient également souillés, aussi furent-ils brûlés sans attendre.
Devant mes compagnons perclus d'hématomes et de coupures, je demandais humblement à Kitsukawa-san de pardonner leur pudeur et de bien vouloir les soigner de ses prières aux kamis de l'eau. Ce dernier, visiblement très efficace dans cet exercice, leur permit un regain d'énergie immédiat, les remettant tous sur pieds, Yasuki Solo-san y compris.

A présent qu'il avait l'esprit plus clair, nous pûmes enfin le rassurer sur l'état de son compagnon Chiko, avant de lui expliquer les récents événements survenus, en son absence, durant le repas de mariage. Nous le questionnâmes alors sur Jaba, lui demandant de nous expliquer le contentieux qui les opposait.
Yasuki Solo-san était visiblement gêné par son passé, aussi, il lui fût promis que toute réserve gardée, nous passerions l'éponge sur certaines choses s'il servait ici la justice. Il nous avoua alors avoir travaillé pour Jaba, alors basé ici et surnommé "le Forestier", durant une bonne dizaine d'années, durant lesquelles il transportait des essences de bois rares par bateau. Il lui arrivait ponctuellement de transporter également, dans la soute cachée que j'avais repérée sur son navire, des caisses contenant de l'obsidienne tout droit sortie de la mine dont nous venions de trouver une nouvelle entrée. Cette obsidienne n'était pas enchantée et dangereuse, son transport était donc interdit, mais elle était néanmoins livrée en Terres Kuni pour y être transformée en armes, défendant notre grand Empire contre les démons de l'Outreterre. Nous ressentîmes la loyauté que Solo-san portait à son clan et à cette tâche sacrée , bien que sa contrebande évite les taxes et permis imposés par le système rokugani.
Il y a 3 ans, Jaba avait subitement décidé de quitter la forêt pour résider au Village des Calamars. Jaba se mit à limiter les livraisons de Solo-san à de l'obsidienne non traitée et le lieu de livraison fût déplacé à un dépôt au Village des Eaux Pures. Dérangé par ce changement et sentant par instinct que quelque chose clochait, le capitaine Solo s'était un jour faufilé dans ledit dépôt pour observer la personne prenant les caisses qu'il y laissait. Il découvrit un être blafard aux yeux rouges, qu'il identifia comme un Revenant, un mort relevé par la sombre magie des Maho-Tsukai. A la différence des zombies, ces êtres ne pourrissaient pas et gardaient leurs facultés mentales, en faisant les agents idéaux pour s'intégrer dans notre société et la saboter pour l'Outreterre. Ainsi, l'obsidienne ne parvenait plus aux Kaiu, mais à leurs ennemis de l'autre côté du Mur. C'en fut trop pour Solo-san, qui confronta la créature et la tua, avant de jeter à la mer sa cargaison maudite et de couper les ponts avec Jaba.
Au vu des éléments que nous possédions, il semblait évident que Jaba avait trouvé un nouvel agent, probablement toujours au Village des Eaux pures et qu'il avait travaillé durant les trois dernières années de concert avec l'Oni no Fuburu, continuant de livrer l'obsidienne en la faisant transiter par cette clairière puis l'île du phare grâce à Ando.
Nous avions ici de quoi inculper Jaba sans crainte et le faire exécuter, grâce au témoignage de poids du capitaine Solo.

Bayushi Minoko-san, après avoir intégré les faits de son côté, nous fit part de son analyse. Selon elle, nous devrions demander publiquement à Dietsu-sama à qui il désirait confier le pouvoir de Seigneur de l'Ile du Levant. Si ce dernier désignait Jaba, ce qui était plus que probable vu leur proximité, alors l'insulte faite à Imeiko-sama, aux yorikis impériaux et au clan du Crabe, en vue de placer sur le trône un personnage impliqué avec un Oni serait suffisante pour discréditer le choix de Dietsu-sama. Yoritomo-sama serait obligé de se détacher de la parole que son représentant avait proféré, en son nom, en son absence. Ceci n'étant bien sûr valable que si le fils du Champion de la Mante était quelqu'un d'honorable, mais il nous fallait compter dessus.

Nous repartîmes, tout d'abord pour le Village des Pêcheurs. Pendant que Solo-san retrouvait Chiko et se nettoyait avant de passer ses habits prévus pour la cérémonie, une idée me vint.
Il était toujours bon d'avoir le plus d'informations possible avant tout procès et il me revint en tête notre première mission. Tsurushi Akame-san avait péri, empoisonné par feu Moshi Ideka-sama, mais peut-être avait-il eu des informations qui nous faisaient défaut, impliquant peut-être Dietsu-sama et Jaba bien avant le mariage. Je demandai aux habitants de ce Village s'ils l'avaient-ils côtoyés et en effet, Ando avait connu le Yoriki. Il pût même me guider à la maison où il avait logé, puisqu'elle faisait partie de ce village. Les villageois l'évitaient, prétextant qu'elle était hantée, inhabitée avant la venue de Tsurushi-san et depuis sa disparition. Le flair d'Ijatsu-san nous permit de découvrir rapidement une cache dans le plancher, où il trouva son journal d'enquête. Il y détaillait les éléments collectés sur le marchand Chozu, les disparitions en masse dans le village du nord, la déchéance de Moshi Ideka-sama... mais hélas rien qui ne pouvait nous aider présentement. Je quittai les lieux après une prière d'apaisement aux kamis, qui me répondirent être plus tranquilles depuis quelques temps déjà, probablement quand nous avions découvert le sort de Tsurushi-san. Je me promis de faire en sorte que ce carnet parvienne à sa famille.

Nous fûmes de retour au palais du Daimyo vers 17h et Imeiko-sama fut visiblement très émue du retour du gentil vaurien du Crabe, bien qu'elle s'efforce de le cacher. Nous nous empressâmes de nous laver et de nous purifier, avant de nous changer pour la soirée. J'aurais aimé faire un discret tour dans la demeure de Jaba, toujours afin de trouver des éléments supplémentaires, mais le temps nous faisait cruellement défaut.
Nous attendîmes la venue de Yoritomo-sama dans le jardin de Moshi Ideka-sama, sur une terrasse dédiée à la plénitude de l'esprit. Là, nous méditâmes et pratiquâmes une cérémonie du thé, nous recentrant sur nous-mêmes et la suite des événements. Ijatsu-san eût un bref entretien avec Doji Yamato-sama, durant lequel il l'informa de certaines avancées de notre enquête et de notre intention de confronter Jaba et Dietsu-sama pour les discréditer auprès de Yoritomo-sama et éviter un duel trafiqué et risqué à notre compagnon. Notre supérieur, apparemment très affable en privé, nous confia qu'il garderait sa distance tant que notre succès n'était pas établi, mais qu'il saurait reconnaître notre valeur si l'on nous donnait raison.

Vers 18h, un brouhaha se fit entendre en bas et les portes s'ouvrirent bientôt sur un jeune bushi athlétique, imberbe et balafré à l'œil droit d'une longue cicatrice. Du haut de ses 16 ans, Yoritomo-sama avait déjà l'aplomb et la puissance des grands de notre Empire. Il était suivi de deux rangées de 10 bushis en armure verte et armés de kamas : la fameuse Légion des Tempêtes de la Mante. Jaba, Dietsu-sama et leurs suites venaient ensuite.
Nous prîmes place dans la grande salle, ayant demandé à Solo-san de rester caché pour le moment et de ne se montrer qu'au moment où sa présence aurait le plus de poids.
Yoritomo-sama se plaça sur l'estrade, Moshi Wakiza-sama à sa droite et Doji Yamato-sama à sa gauche. Devant eux, côté droit, se tenaient Dietsu-sama et Dairya, côté gauche Imeiko-sama et Dozan-kun. Le reste de l'assistance venait ensuite, le tout encadré par les bushis de la Légion des Tempêtes.

Sentant que Yoritomo-sama donnerait son jugement d'ici quelques instants et qu'il fallait se prononcer avant, je me jetai à l'eau et fis un pas en avant, immédiatement imité par Ijatsu-san.
"Seigneur Yoritomo, moi Soshi Tôchiro, shugenja de l'Ecole Soshi et Yoriki impérial, demande que vous entendiez quelques éléments avant de vous prononcer." Avec son aval, je poursuivis. "J'ai tout d'abord une question pour Dietsu-sama : qui avez-vous prévu de placer sur le trône de seigneur de l'Ile du Levant, si Moshi Imeiko-sama devait perdre la vie suite à ce duel?"
Yoritomo-sama ordonna à Dietsu-sama de s'exprimer, ne lui laissant aucune alternative.
"Seigneur, j'ai bien évidemment anticipé la question. La souillure qui a durant 3 ans infecté le corps et l'esprit d'Imeiko-san aurait pu avoir des conséquences catastrophiques pour l'Ile du Levant, placée sur nos bonne terres de la Mante. Aussi ais-je eu à cœur de réfléchir à un remplaçant de confiance. Ce choix s'est imposé de lui-même, en la personne de Yasuki Jaba-san, qui durant 3 années d'isolation du Daimyo, s'est efforcé d'assumer la cohésion de l'île et le fonctionnement du prélèvement de la taxe pour notre Empire bien-aimé."
Au regard interrogateur du Champion de la Mante en devenir, je répondis : "Je constate avec joie que Dietsu-sama place toute sa confiance et engage son honneur envers Yasuki Jaba-san."
Yoritomo : "Bien, cela étant dit, passons à..."
"Cependant..., poursuivis-je, nous, Yorikis, avons des éléments et deux témoignages qui prouvent que Yasuki Jaba-san est indigne de cette confiance." Chuchotements et exclamations étouffées dans la salle, à présent suspendue à mes lèvres.

Je détaillai tout d'abord l'exploitation, le transport et la vente d'obsidienne non purifiée par Jaba, utilisant pour premier témoin Ando. Ce dernier confirma que le transport de marchandises cachées dans des caisses vers l'Ile du phare avait toujours lieu, sur ordre d'ashigarus dirigés par Mentokei, ancien yojimbo de Jaba. Yoritomo-sama sembla reconnaître le nom de Mentokei, bushi de la Mante.

J'en appelai ensuite à Yasuki Solo-san que j'encourageai à raconter les dix dernières années de sa vie, à nouveau sous une vague d'exclamations. Dietsu affichait un masque de neutralité, mais Jaba blêmissait à vue d'oeil.
Le courtisan du Crabe fit à nouveau le récit qu'il nous avait détaillé dans la forêt, précisant qu'il s'était déjà excusé auprès de nous de sa contrebande passée. Il évoqua la poursuite du transport de l'obsidienne, qui lui était auparavant échu, par Mentokei et ses sbires, toujours aux ordres de Jaba. Il conclut qu'il avait, à la découverte du Revenant, coupé tout lien avec un homme qui ne servait plus sa famille, ni son Clan, ni l'Empire, mais leurs ennemis. Jaba avait essayé de l'éliminer à plusieurs reprises depuis son retrait et nombre de gens de l'Ile pouvaient attester de son changement d'habitudes et de la distance prise avec le trafiquant Yasuki.

Cette fois, Jaba s'était souillé, inondant le sol et obligeant ses voisins à se presser pour s'en éloigner.
Yoritomo-sama se leva et se dirigea vers lui, le toisant d'un œil noir : "Yasuki Jaba, cessez-donc de souiller le sol et avancez pour défendre votre cas".
Les paroles de Jaba furent simples et sans trop de conviction : "Il vous appartient Seigneur, de choisir entre un vagabond errant, que l'on dit même pirate, et celui qui a assuré la pérennité de cette île durant les 3 dernières années."
"En effet, cela m'appartient." D'un rapide iaijutsu, le fils du Champion de la Mante décolla la tête de Jaba de ses épaules. Sans un regard pour la dépouille rapidement saisie par des étas rasant le sol et se mettant à le nettoyer, il se tourna ensuite vers Dietsu-sama.
" Dietsu, j’ai été appelé par Moshi Imeiko-san pour décider de la tenue d’un duel vous opposant. Le duel aura bien lieu. Néanmoins, Dietsu, vous avez fait affront aux Magistrats d’Emeraude, au clan du Crabe et à la Daimyo de cette île, alors que vous représentiez le clan de la Mante. A moins d’aggraver votre cas en impliquant l’honneur de l’un de vos Yojimbos, vous devrez défendre le votre seul. Ronin, dit-il en se tournant vers Dairya, avez-vous été payé pour vos services ? "
" Oui, Seigneur "
" Alors vous pouvez considérer votre contrat comme rempli et quitter l’Ile sur l’heure. Le duel aura lieu demain à l’aube, devant le palais. Mangeons à présent. "

D’un hochement de tête de Yoritomo-sama, deux de ses légionnaires vinrent encadrer Dietsu pour ne plus le quitter d’une semelle.
L'assemblée de dissipa, la tension étant toujours haute, bien que Dozan-kun eut l'air soulagé. Les convives se mirent à discuter à voix basse pendant que les heimins installaient les tables dans une ambiance feutrée.
La suite de Jaba et ses ronins quittèrent les lieux, têtes basses. Les deux Yojimbos de Dietsu, dont on ne savait pas encore lequel des deux jumeaux combattrait demain, partirent également, pour se purifier, méditer et se préparer au duel.
Moshi Imeiko-sama nous fit savoir durant le repas que nous étions conviés à la prière à Amaterasu qui avait lieu à 6h en haut de la falaise pour accueillir les premiers rayons du soleil. Le duel aurait lieu à 7h et si mariage il devait y avoir, il se tiendrait au zénith, à midi.
Alors que Dozan-kun quittait la table, Yoritomo-sama passant près de lui glissa ces mots : "L'équilibre est rétabli, mais les Fils des Tempêtes ne meurent pas sans combattre. Bonne chance, Champion de Topaze."

Nous nous retrouvâmes comme prévu en haut de la falaise pour saluer l'arrivée d'Amaterasu et la prière qu'entonnèrent Moshi Wakiza-sama et Imeiko-sama restera gravée dans mon esprit comme l'une des plus belles choses que j'aie entendu. Leur voix mêlées et harmonieuses emplissaient l'espace et recevaient visiblement les faveurs de la déesse Soleil, qui nous baigna d'une chaleur apaisante. Dozan-kun, qui semblait avoir bien dormi, paraissait détendu et prêt à tout.
Revenus devant le palais, un attroupement s'était formé entre les portes de l'enceinte et le pont y menant, le tout encadré par la Légion des Tempêtes. C'était finalement Turo-san qu'avait choisi Dietsu-sama. Son frère Kobai-san se tenait à genoux au premier rang des spectateurs. Sur l'ordre de Yoritomo-sama, encadré comme la veille, les deux duellistes s'avancèrent, quittant le giron de celui ou celle qui subirait leur sort.
Dozan-kun et Turo-san se présentèrent l'un à l'autre avec les formules d'usage avant de se saluer, sous un silence à couper au No Dachi. Les duellistes prirent la position du iaijutsu, une main sur le saya de leur katana, l'autre sur la tsuka. Ils s'observèrent durant quelques secondes, qui parurent une éternité tant la pression de leur regard était lourde. Le doute s'afficha sur le visage de Turo-san, qui semblait prendre la pleine mesure du Champion de Topaze. La pression continua de croître, alors que les deux bushis se concentraient.
Soudain, Dozan-kun bougea, d'un mouvement rapide et puissant, émettant un son unique et métallique. Une profonde entaille se dessina sur le torse du bushi de la Mante, d'où commencèrent à sortir ses intestins, l'armure ayant été fendue comme une feuille de papier. Turo-san tenta une riposte, mais la douleur l'empêcha de porter le coup puissant qu'il préparait et Dozan-kun n'eût aucun mal à l'esquiver. D'un mouvement fluide en retour, le duelliste du Phénix saisit son katana à deux mains avant de porter le coup fatal à son adversaire. D'un coup de poignet maîtrisé, il fit gicler le sang de sa lame, avant de la rengainer et de saluer le corps du samurai de la Mante. Puis il se replaça derrière Imeiko-sama. Quel sang-froid ! Je fis le vœu de ne jamais avoir à combattre moi-même en duel et remerciai le ciel que Dozan-kun m'ait proposé de combattre pour moi si un jour j'y étais contraint.

Devant l'hésitation de Dietsu-sama, qui blanc comme un linge s'avançait en tremblant et en tentant de sortir son wakizashi, Yoritomo-sama glissa à Kobei-san que son seigneur avait besoin d'assistance. Le yojimbo se plaça derrière son maître et dégaina son katana alors que l'ex-représentant du Champion s'agenouillait.
" Non, fit Yoritomo-sama, qu'il meure comme une Mante."
Le bushi rengaina son sabre et sortit son kama, alors que Dietsu craquait et criait de panique, son sabre toujours rangé. Son yojimbo le décapita sans plus attendre d'un unique coup puissant.

Le futur Champion de la Mante annonça alors que les possessions de Yasuki Jaba étaient dès lors transmises à Moshi Imeiko-sama, seigneur de droit de l'Ile du Levant devant les Kamis et le Fils du Ciel, qui en disposerait comme bon lui semblerait.
Devant les inquiétudes d'Ijatsu-san qui redoutait d'éventuelles représailles de Turo-san visant Dozan-kun, je demandai au seigneur Yoritomo ce qu'il adviendrait du yojimbo. Il apaisa mes craintes en annonçant qu'il avait décidé de faire du bushi un membre de la Légion des Tempêtes, le gardant ainsi auprès de lui.
Alors que la foule repartait, Moshi Wakiza-sama vint nous trouver pour nous inviter, l'un après l'autre, à la cérémonie de mariage, au temple d'Amaterasu.
Je ne pus m'empêcher de féliciter Dozan-kun d'une tape dans le dos, alors qu'il repartait se changer, la conscience soulagée d'un poids.

Nous retrouvâmes au temple, outre les mariés, le seigneur Yoritomo, Moshi Wakiza-sama qui officia la cérémonie, ainsi que Hida Tadoshi-san. Alors que le mariage se déroulait et que le soleil nous baignait littéralement de lumière, je ressentis la forte présence des kamis du feu et plus particulièrement celle d'Amaterasu elle-même, qui était descendue bénir cette union. Les promis échangèrent leurs vœux de fidélité avant d'être bénis par Moshi Wakiza-sama et que Yoritomo-sama ne lient leurs mains enlacées d'un ruban rouge, concluant l'union tant attendue.
La procession redescendit, suivie par les mariés, jusqu'au palais et à la grande salle où cette fois les festivités purent avoir lieu sans frein. Durant plusieurs heures, la joie et les rires emplirent la pièce, alors que des mets toujours aussi délicieux étaient servis, maître Subotai s'étant surpassé. Ijatsu-san fit bien évidemment honneur au saké dont il connaissait à présent la moindre des subtilités, le plus éphémère des arômes. Je remarquai que Kobei-san portait à présent l'armure de la Légion des Tempêtes et encadrait les festivités d'un air détaché.

Vint enfin le moment des hommages aux mariés et les heimins influents commencèrent à défiler, offrant aux mariés divers présents, qu'ils refusèrent poliment avant de finalement les accepter à la 3e tentative, comme le voulait la coutume et l'étiquette rokugani.
Tadoshi-san présenta à Moshi Fujirai-sama un paquet emballé que le seigneur ouvrit avant de rapidement le refermer et le cacher, hilare et ravi. Certains purent apercevoir une peau tannée pouvant être celle d'un gobelin, sur laquelle était peinte une scène de bataille contre les Onis, derrière le Mur des Bâtisseurs. Un présent qui aurait valu à Tadoshi-san les pires foudres en un autre lieu, mais qui ici semblait parfaitement bienvenue. Yoritomo-sama y alla même d'un sourire en coin, comprenant visiblement le lien unissant les deux Crabes.
A notre tour, nous offrîmes les cadeaux que nous avions préparés et avions eu la crainte de ne jamais pouvoir transmettre, exercice difficile s'il en est, bien que nous le pratiquions avec tout notre cœur.

Une fois les hommages faits aux mariés, nous fûmes surpris par Imeiko-sama qui annonça avoir elle-aussi des présents à délivrer.
Elle appela tout d'abord Kyoshi-kun et Ijatsu-kun, qui reçurent chacun une amulette en or béni représentant la déesse Amaterasu et ayant pour but de les protéger des démons, qu'ils viennent de l'Outreterre ou soient issus de leur esprit. Kyoshi-san fût particulièrement remercié pour son combat contre le démon ainsi que pour s'être occupé de faire soigner les mineurs détenus et souillés par l'Oni no Fuburu. Elle souhaita à Ijatsu-san, qui avait du mal à articuler à cause du saké, qu'il puisse retrouver qui il était réellement, ce qui sembla le soulager d'un poids énorme.
Imeiko-sama appela ensuite Taiko-san et moi-même, pour nous remettre à chacun un coffret en bois précieux où reposait un parchemin roulé et enluminé. Elle nous remercia pour notre volonté à rechercher la vérité, à dépasser notre seul devoir et à venir en aide aux kamis de l'air et du feu de l'Ile du Levant, de même qu'à sa population. Mettant en avant notre lien en tant que shugenjas, elle nous fit don de prières aux kamis du vent, tracées par sa mère elle-même, permettant d'obtenir des esprit de l'air qu'ils nous fassent léviter. La valeur sentimentale que représentait ce présent me fit chaud au cœur et c'est avec la plus grande des reconnaissances que je l'acceptai, bien qu'il me coûta d'en priver Imeiko-sama, tellement l'honneur qui m'était fait me dépassait.
Ayeka-san reçut une distinction spéciale pour le rôle qu'elle avait joué en accompagnant feu Moshi Ideka-sama dans ses derniers instants et en lui offrant une mort de guerrier. Pour avoir apaisé leurs ancêtres et avoir permis que perdure la lignée d'Imeiko-sama, la Daimyo récompensa la bushi du Dragon de sa propre amulette d'Amaterasu en cristal, qu'elle détacha de son cou pour en apprêter Ayeka-san. Elle espérait ainsi que cette amulette, qu'elle avait héritée de sa mère et qui l'avait protégée durant sa captivité saurait garder notre compagnon d'arme de tout mal. Elle tira même une larme à la bretteuse Mirumoto en lui annonçant, que si les cieux lui accordaient une descendance féminine, avec l'accord et la bénédiction de Moshi Wakiza-sama, future Daimyo du Mille-pattes, sa première fille aurait pour prénom Ayeka.
Vint enfin le tour de Dozan-kun, qui fut remercié par Imeiko-sama avec chaleur, pour avoir, par son action, préservé le futur et la sécurité du peuple de l'Ile. Il fût doublement remercié pour avoir, par conviction personnelle, défendu l'honneur d'Imeiko-sama et de sa lignée devant la justice impériale, lavant son honneur aux yeux de tous. Il incarnait la justice du Fils des Cieux, au-delà du devoir du Yoriki et de l'ambition d'un Champion de Topaze. N'ayant pas de présent matériel à la hauteur de sa gratitude, la Daimyo invita Dozan-kun à se rendre le lendemain au village des Forges de la Lune où, s'il l'acceptait, Kaiu Miryeko-sama prendrait soin de la lame de son katana et par extension de son âme, comme le voulait la croyance populaire.
Elle remercia Doji Yamato-sama de lui avoir envoyé des Yorikis si illustres et éclairés, nous faisant tous rougir malgré nous, avant de lever son verre à Hantei XXXVIII notre Empereur.

Nous décidâmes d'accompagner Dozan-kun aux Forges de la Lune, pour certains par curiosité envers le travail de la forgeronne Kaiu, pour d'autres pour la promenade et la détente qu'offrait cette escapade après trois jours si chargés en événements.
Peu avant le village, un rônin qui semblait attendre le long de la route se leva à notre passage. Otant son large chapeau, Dairya fit face à Dozan-kun, muni de deux bokens en bois. Il avait un bateau à prendre mais s'était dit que notre duelliste Shiba risquait d'être déçu de ne pas avoir pu se mesurer à lui. Dozan-kun accepta de bon cœur de se prêter à l'exercice afin d'entrevoir le chemin qui lui restait à parcourir. Bien qu'armés de sabres d'entrainement, les deux adversaires prirent l'affaire tout à fait au sérieux, s'immisçant dans l'état second du iaijutsu prêt à être déchainé, concentrés à l'extrême. Mais Dozan-kun se relâcha soudain avant de s'incliner, écrasé par ce qu'il avait pu discerner de son adversaire en l'observant. Dairya accepta son retrait, félicitant la clairvoyance de notre camarade et l'encourageant pour la suite. Dozan-kun promit au rônin qu'ils se rencontreraient à nouveau, d'ici quelques années et qu'alors, il irait au bout du duel et le vaincrait.
J'appris par la suite d'Ijatsu-san qu'il avait un peu discuté avec le rônin l'avant-veille. Dairya avait été recruté il y a quelques temps déjà par Jaba et s'était retrouvé au milieu d'une machination qu'il n'avait pas voulue. Notre Kitsuki n'était probablement pas étranger à l'occasion que venait d'avoir le Champion de Topaze d'affronter le célèbre duelliste.

Kaiu Yochimi-san nous accueillit à l'entrée du village et nous mena à sa maîtresse. Dozan-kun lui offrit son sabre avec déférence et durant presque quatre heures, elle travailla d'une main de maître, effectuant un travail précis et spirituel, honorant les ancêtres du Phénix et polissant son âme en même temps que sa lame.
Rendant son katana à Dozan-kun, elle lui qu'elle avait reçue d'Imeiko-sama l'autorisation de lui vendre un wakizashi en obsidienne bénie, le premier à être sorti des Forges de la Lune, pour un prix tout à fait symbolique. Le lui offrir durant la cérémonie aurait pu être considéré comme une insulte envers le seigneur du duelliste Shiba, mais toute réserve était levée par cette voie dérobée et commerciale. Notre compagnon accepta avec humilité, remerciant la forgeronne et par extension la Daimyo de l'Ile du Levant.

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Chapitre cinq

Message  Babanek le 30/04/17, 06:55 pm

De retour au Village de l'Eau pure, je n’eus que peu de repos. On me confia, à peine arrivé, une mission visant à apaiser les kamis de l’air au sein du temple qui leur était principalement dédié. Une tempête approchait et le port de la ville risquait gros, aussi mes services furent requis pour assurer un retour sauf aux pêcheurs et je n’eus pas le loisir de poursuivre immédiatement la piste de l’obsidienne.

Je fus convoqué quelques jours plus tard par Doji Yamato-sama et retrouvai mes nakamas Yorikis auprès de lui. Il leur demanda alors de s’expliquer sur les évènements de la nuit passée, ce qu’ils firent, comblant mon ignorance. Guidés par Yazuki Solo-san, ils avaient eu tôt fait de retrouver l’entrepôt où le navigateur Crabe avait affronté et défait un revenant. Ils avaient également facilement obtenu le nom du propriétaire de l’entrepôt, un certain Saemon.
Mais lorsqu’ils avaient demandé, auprès la Magistrature d’Emeraude, l’autorisation de perquisitionner les lieux, on leur fit clairement comprendre que le propriétaire était dans les petits papiers du Conseil de la ville. Ce Conseil rassemblait certains membres haut placés du clan du Crabe, principalement des Yasukis, et semblait obtenir tous les passe-droits qu’il jugeait nécessaires à sa guerre contre l’Outremonde. L’Empereur dicte les lois mais les lois vivent et évoluent pour le bien de l’Empire... On fit comprendre à mes compagnons Yorikis que la précédente équipe de Magistrats d’Emeraude avait été remplacée car elle avait justement poussé trop loin certaines recherches et empiété sur les secrets du Conseil. Aussi avaient-ils pris toutes les précautions durant la suite de leur enquête, Doji Yamato-sama ne pouvant les soutenir que s’ils trouvaient quelque chose d’assez concret et solide pour engager sa parole face à ce groupuscule qui, dans l’ombre, dirigeait le Village de l'Eau pure.
Qui plus est, Saemon avait auprès des marchands de la ville une bonne réputation, donnant parfois une protection gratuite aux marchands qui n’étaient pas affiliés aux clans. Le bénéfice du doute pouvait donc lui être réservé, quant à son implication dans les faits.
Ils s’étaient rendus aux abords de l’entrepôt, gardé en ce début de soirée par un seul bushi, afin d’identifier les lieux. Puis ils avaient opté pour une approche semblant plus fortuite, dans l’espoir de trouver une voie d’accès détournée.
Descendant au niveau de la mer, ils avaient trouvé une voie d’eau souterraine, communiquant avec les égouts. Taïko-san avait invoqué un kami habitant les égouts pour lui demander s’il avait repéré les signes de souillures. Il y en aurait forcément aux alentours de l’entrepôt, s’il avait accueilli des revenants. Patchinko !
Le kami avait bel et bien remarqué un établissement ferme et ponctuel de la souillure et guida les Yorikis dans un dédale de canalisations, jusqu’à atteindre un appontement dans les égouts, donnant sur la porte du sous-sol d’un entrepôt.

A peine avaient-ils pénétrés dans la pièce qu’ils furent assaillis par une demi-douzaine de personnes à la peau blême et aux yeux injectés de sang. Ils avaient à peine eu le temps de les voir foncer vers eux, qu’ils avaient entendu une brève psalmodie, se concluant par la venue subite de ténèbres insondables. C’est Imeiko-sama, qui par ses présents, avait incarné le salut de mes compagnons en bien mauvaise posture.
Ayeka-san, que son amulette d’Amaterasu permettait de voir au sein des plus sombres ténèbres, avait sauvé la vie de Dozan-kun alors qu’il se faisait attaquer dans le noir. Taïko-san avait ensuite mis à profit la prière à Dame-Soleil récemment apprise et dissipé les ténèbres, sauvant manifestement la vie à mes compagnons. S’était ensuivi un terrible affrontement, leurs ennemis se révélant être cinq revenants guidés par un Maho-tsukai. L’endurance de Kyoshi-san avait à nouveau été mise à rude épreuve, celui-ci encaissant nombre des attaques des revenants et utilisant ses dons contre la souillure pour purifier ces âmes perdues. Ayeka-san avait fait danser ses sabres et Dozan-kun avait découvert avec joie que la décapitation permettait une fin rapide à ces vies impies, écourtant trois des revenants de ses attaques précises.

Lorsque tout eut été terminé, mes compagnons Magistrats avaient emprunté un escalier maçonné donnant sur l’intérieur d’une fausse caisse trônant, sans surprise aucune, au beau milieu de l’entrepôt qu’ils visaient. Plus aucun bushi n’en assurait la garde. Tandis qu’ils faisaient mander un renfort de Yorikis pour assurer cette nuit la garde de l’entrepôt, ainsi qu’une poignée d’etas pour disposer des cadavres souillés, Ijatsu-san avait étudié de plus près le Maho-tsukai. Celui-ci pouvait aisément passer pour un humain normal, tant son apparence était banale. L’enquêteur Kitsuki avait trouvé dans sa sacoche un kimono de la famille Yasuki, propre et de très bonne facture, une dizaine de kokus qui se transformeraient bientôt en bouteilles de saké, ainsi qu’une correspondance cryptée. Taïko-san, qui était plein de ressources, l’avait rapidement déchiffrée: « Sommes sur place. Attendons marchandises à la Cité des Champs de Soie. Maemi ». Ainsi donc, la piste menait aux terres Bayushi… voilà qui augurait quelques difficultés… Dans l’entrepôt, quelques traces de poussière d’obsidienne avaient été découvertes, mais aucune cargaison illicite autre qu’une paire de défenses d’éléphants.

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Chapitre six

Message  Babanek le 30/04/17, 06:55 pm

Après ce rapport, Doji Yamato-sama fit entrer un heimin, qui se présenta comme Oyadju, envoyé par Saemon-san qui sollicitait notre présence chez lui pour une entrevue.
Nous demandâmes la Magistrature de nous préparer des papiers de voyage pour les terres Bayushi et la Cité des Champs de Soie, tandis que nous irions rendre visite à Saemon-san.

Oyadju nous guida à travers le Village de l'Eau pure vers le quartier du Grand temple de Daikoku, avant de nous annoncer à la porte d’une résidence privative de bonne taille, entourée d’un mur d’enceinte et gardée par un samurai sans mon.
La résidence de Saemon-san était cossue, comprenant un jardin spacieux, doté d’une cascade et de bains, ainsi que d’une tonnelle. Mince et d'allure digne, le maître des lieux était attablé seul et disputait une partie de go contre lui-même. En nous approchant, nous eûmes la surprise de découvrir un visage gravement brûlé jusqu’au niveau des yeux, fermés ! Tenter de me souvenir de la position des pièces de tout un jeu de go, tour après tour, m’infligea un bref vertige. Ainsi, notre hôte faisait preuve d’une intelligence et d’une mémoire remarquables. A l’instar de son garde, présents à l’entrée du jardin, Saemon-san portait le daisho et un kimono gris, mais aucun mon visible, ceux-ci ayant même été retirés de ses armes. Dozan-kun loucha longuement dessus, confirmant l'apparente très bonne qualité de ces dernières. Ce daisho indiquait l'appartenance passée à un clan majeur.
Saemon-san nous invita pour une cérémonie du thé, durant laquelle il fit preuve d'une adresse étonnante malgré son handicap. Puis d'une voix claire et avec une élocution dénotant un haut degré d'éducation, il nous annonça avoir été informé d'incidents fâcheux en lien direct avec l'un de ses entrepôts. A l'évocation d'un Maho-tsukai dans la cache secrète dudit entrepôt, il avait été très surpris. Il avait alors jugé opportun de questionner directement les Yorikis présents, afin d'obtenir les informations les plus fiables possibles.
Mes camarades dépeignirent leur venue fortuite suite à la rumeur de revenants dans le quartier des embarcadères puis leur affrontement avec les créatures de Fu-Leng, qu'il soit mille fois maudit. Kyoshi-san demanda humblement à Saemon-san s'il pouvait le laisser déterminer s'il était souillé, requête à laquelle le marchand accéda sans hésitation, avec raison. Puis, ils questionnèrent Saemon-san, obtenant de lui l'aveu que presque tous les entrepôts de la ville possédaient au moins une cache secrète, avec un accès souterrain navigable, les siens ne faisant pas exception. Il nous donna le nom du ronin qu'il employait pour surveiller l'entrepôt durant la nuit et qui avait brillé par son absence hier, un certain Lando. Il demanda à Oyadju qu'il fasse livrer, dès que possible, la liste de ses employés ayant accès à cet entrepôt, ainsi que, plus immédiatement, l'adresse de Lando. Enfin, nous prîmes congé de Saemon-san, après qu'il nous ait assuré faire son possible pour démêler la situation de son côté.

Lando habitait relativement près de l'entrepôt de Saemon-san, dans un établissement peu ragoutant tenu par un aubergiste crasseux. Il nous confia que Lando habitait ici depuis un peu plus de 3 ans, qu'il passait le plus clair de son temps à boire du saké, ce qu'il avait également fait durant toute la nuit dernière avant de regagner sa chambre. Il nous y conduisit et nous ouvrit la porte du ronin, qui gisait au beau milieu d'un cloaque malodorant, bouteille de mauvais saké renversée à côté de sa couche, daisho posé dans un coin sans aucun égard. S'il avait autrefois dû être athlétique, son embonpoint actuel témoignait d'un laisser-aller vieux de quelques années. Lando ronflait comme le soufflet d'une forge et ne cilla même pas à notre entrée. Renvoyant l'aubergiste avec ordre de ne pas nous importuner, nous ouvrîmes la fenêtre avant de réveiller le ronin.
Après une difficile mise au point, il chercha son daisho des yeux un instant, avant de se raviser, comprenant que c'étaient des Yorikis lui rendaient visite. Il nous demanda alors quelques instants, le temps d'enfiler un kimono et de se passer un coup d'eau sur le visage. Lorsque nous lui demandâmes de justifier son absence d'hier soir à l'entrepôt, il cacha à peine sa gêne avant d'avouer que depuis longtemps déjà, il ne se donnait plus la peine de garder cet entrepôt. Il y allait relever la garde de jour, attendait quelques minutes, puis repartait consommer son argent si chèrement gagné. En grattant en peu, il rajouta qu'en réalité, il n'y allait plus pour protéger un être cher, une ancienne samuraï-ko du crabe dont il était tombé amoureux.
Un Yasuki nommé Masuka s'était un jour présenté, annonçant que sa bien-aimée était détenue prisonnière et qu'elle serait exécutée s'il n'abandonnait pas la surveillance de l'entrepôt, produisant pour preuve un pendentif accroché au saya de la samurai-ko et assorti à son kimono. Lando avait tenté de faire payer à l'homme cette infamie et avait récolté une flèche dans l'épaule, avant de se ranger et d'accepter les termes du marché. Un bref échange eut lieu dans le regard de mes compagnons avant qu'Ayeka-san n'annonce qu'une samouraï-ko, portant un kimono très semblable, avait été retrouvée morte le soir précédent. Qui plus est, la description de Masuka semblait concorder avec celle du Maho-tsukai affronté et vaincu la veille. Nous prîmes congé de Lando après l'avoir incité à aller rendre des comptes à son employeur et à prendre contact avec les moines pour donner un sens à sa misérable existence, sans trop d'espoir.

De retour à la Magistrature d'Emeraude vers midi, nous récupérâmes nos permis de voyage sur le territoire du Scorpion et plus particulièrement en terres Bayushi, avec une recommandation pour Ashidaka Nazitoki-sama, Magistrat d'Emeraude à Ryoko Owari et anciennement Grue vassale des Kakita.
Le capitaine Solo avait été réservé pour notre mission, aussi prîmes nous à nouveau nos quartiers à bord du Faucon des Mers. J'offris à Chiko un morceau de fromage trouvé sur un étal des quais.
Durant une dizaine de jours, nous remontâmes le fleuve au fond d'une vallée escarpée puis au milieu de l'étendue des terres Crabes, avant d'arriver au poste frontière marquant l'entrée de mon cher territoire Scorpion. Cela ne faisait que quelques mois que je l'avais quitté, mais la nostalgie me prit malgré moi. Après 5 jours de plus, Ryoko Owari Toshi fût en vue. Nous traversâmes rapidement la Cité des Mensonges, sûrement aussi peuplée que le Village de l'Eau Pure quoique plus étendue. Yasuki Solo-san nous déposé sur les quais du quartier noble et nous gagnâmes la Magistrature d'Emeraude, où nous passâmes la nuit dans les quartiers des invités, après un repas avec Ashidaka Nazitoki-sama.
Le lendemain, un poney fût confié à chacun. Les bêtes étaient dociles et visiblement entraînées à recevoir des voyageurs peu expérimentés, aussi les 5 jours de voyages suivants se déroulèrent-ils sans anicroche, malgré notre absence d'entrainement en équitation. La route de Kyuden Bayushi, que nous empruntions vers le sud-est, était pour tout dire des plus sûres, tant nous croisâmes de patrouilles de bushis Bayushi.

Kinu Nohara Mura, ou la Cité des Champs de Soie, était une petite cité agricole de 3000 âmes, dominée par une petite butte que coiffait un château de trois étages, où nous fûmes reçus par le Daimyo Bayushi Bakin-sama.
Après un bain parfumé délassant, nous prîmes nos appartements dans l'aile des invités, Ayeka-san possédant une suite jouxtant la nôtre. Puis nous fûmes invités à diner avec le seigneur des lieux, accompagné de son Karo, Bayushi Korenaga-san et du magistrat en chef de la cité, Bayushi Iemitsu-san.
Nous adonnant au jeu du Scorpion bavard, bien connu chez nous, nous nous fîmes fort de tenter de divulguer le moins de choses possible sur notre mission, alors que nos hôtes nous questionnaient de manière détournée. C'était sans compter sur notre dragonne, qui hélas avait ce soir-là la langue bien pendue et révéla, à elle-seule, la plupart des raisons qui nous amenaient ici. Nous ne pûmes rien obtenir des dirigeants de la Cité des Champs de Soie, bien qu'il soit presque impossible qu'ils limitent leur activité à la seule protection de la route et à la culture des vers à soie.

Nous prîmes congé pour nous endormir du repos du juste, éreintés par notre voyage et heureux de trouver des futons confortables. Ijatsu-san ne nous rejoignit pas tout de suite, probablement poussé par le besoin d'enquêter sur la qualité su saké local. Note pour l'avenir : toujours faire des tours de garde, ou demander la surveillance d'un kami, surtout chez mes frères Scorpions, je devrais pourtant le savoir...
Nous fûmes brusquement tirés du sommeil par une sensation de danger imminent et pour cause : des silhouettes noires et masquées se découpaient au dessus de nos couches, sabres au clair. Le premier sang fut pour nos adversaires, qui réussirent à tous nous blesser plus ou moins, mais heureusement sans porter de coup fatal. Même embrumés de sommeil, notre expérience et notre sang toujours échauffé de samouraï nous avaient sauvés! Enfin pour le moment... Nos ennemis étaient rapides et les armures de mes nakamas allaient leur faire défaut, eux qui étaient habitués à se reposer sur cette protection. Me voyant contraint à un affrontement au sabre en périmètre restreint, qui me sortait de ma zone de confort, j'optais pour une guerre d'usure afin d'annuler la vitesse de mon ennemi et de gagner assez de temps pour trouver une faille. J'implorais les kamis de l'air d'alourdir les paupières de mon ennemi, grâce au Sommeil du vent, lui faisant subitement perdre en combativité. Dos à moi, Taïko-san semblait parfaitement à-même de se défendre, s'entourant d'une armure de terre avant de commencer à rôtir son ennemi. Dans la chambre d'à côté, Dozan-kun semblait accuser le coup de sa blessure initiale, mais finit par reprendre du poil de la bête, tandis que Kyoshi-san semblait clairement désavantagé, son long No-Dachi visiblement peu pratique pour un tel affrontement en lieu exigu. Il tomba au sol alors qu'Ayeka-san traversait la cloison en papier de riz pour venir à son secours, son léger kimono déchiré et ses coupures indiquant qu'elle avait également du se débarrasser d'un assassin. Pour rajouter à la difficulté de mon adversaire, je tentais un coup de bluff, invoquant avec une voie de ténor "Onyx, esprit invincible de la pierre, protège moi-de ton poing vengeur!!!". L'apparition provoquée par cette Brume d'illusion perturba mon ennemi, l'obligeant à contourner le massif corps de pierre pourtant intangible et me donnant l'ouverture escomptée. Je pus placer mon premier coup de wakizashi depuis mes classes et en retirai quelque fierté, me rappelant que j'étais samouraï, quoiqu'on en dise. Je sentis un souffle chaud derrière moi, suivi du bruit d'un corps qui tombe et du grésillement caractéristique du bois carbonisé. Taïko-san fit volte-face pour m'épauler. Dozan-kun empala finalement le dernier de leurs adversaires et Ayeka-san sauta à travers une autre cloison pour nous rejoindre et achever mon ennemi, éreinté et pris en tenailles.

Avec une minuterie étudiée, la garde rappliqua enfin et 5 bushis déboulèrent dans nos quartiers, leur capitaine exigeant de savoir ce qui se passait. Il répéta sa question avec une voie défaillante, alors que trois des cadavres de nos ennemis se relevaient. Des revenants ! Cette fois avec l'aide des renforts Bayushi, nous purgeâmes la suite de ces abominations, les choses étant à présent rendues plus faciles pour moi par l'utilisation de ma Frappe de Jade. Un shugenja du clan Yogo fut appelé pour soigner les blessures de mes camarades, ma faible affinité avec l'eau ne me permettant pas pour le moment d'utiliser le plein potentiel de la Voie vers la Paix intérieure. Mon confrère shugenja nous fit également démonstration de l'art que possédaient les Yogo de tracer des glyphes magiques et il en recouvrit la pièce, la purifiant de tout mal. Le capitaine de la garde, un certain Bayushi Oniji, s'excusa de l'incident et nous conduisit à d'autres quartiers, nous promettant une entrevue avec son seigneur à la première heure.

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Chapitre sept

Message  Babanek le 30/04/17, 06:57 pm

Au déjeuner, Bayushi Bakin-sama nous décrivit la situation comme désagréable (un doux euphémisme de notre point de vue), mais nous assura sa complète coopération, son Karo exécutant pour nous une cérémonie du thé. Vacciné pour ce qui était de la prudence, j'analysai discrètement et rapidement le thé de mes sens avant que mes camarades n'y touchent, n'y décelant aucune trace de poison. Puis le Daimyo et son Karo nous laissèrent avec leur magistrat et le capitaine de la garde.
Ces derniers nous confièrent que nos agresseurs semblaient être de jeunes recrues ayant tout juste passé leur Gempukku avec les honneurs et que les gardes en faction les avaient laissé circuler librement cette nuit, les croyant de patrouille. Le capitaine allait se renseigner sur leurs affectations et nous annonça que leurs corps étaient prêts à être inspectés.

A ce moment-là, un serviteur nous annonça qu'une jeune fille désirait une entrevue avec nous. La jeune noble d'à peine une douzaine d'années se présenta comme Bayushi Rika et nous demanda de l'aide concernant son grand frère, Bayushi Yorihide-san. Son récent changement de comportement l'inquiétait et le rendait méconnaissable. Ijatsu-san recadra la jeune fille sur les missions des Yorikis et lui conseilla de se faire aider par d'autres. Mais Rika-chan répondit qu'elle avait déjà tout essayé et nous seuls avions les moyens de l'aider. Elle précisa que son frère, qui était auparavant gentil et attentionné faisait à présent preuve d'un caractère perturbant, asocial, passant son temps renfermé sur lui-même sauf dans ses sautes d'humeur durant lesquelles il était exceptionnellement agressif. Son état s'était dégradé subitement depuis qu'il avait passé son Gempukku, très récemment, au dojo de la ville dirigé par Bayushi Teryui-sensei. Ce détail sonnait à nos oreilles comme un écho par rapport à nos assassins de la nuit et le magistrat fit le lien manquant, nous annonçant que nos assaillants de la nuit et Yorihide-san étaient issus de la même tête de promotion de Gempukku. Ces 10 jeunes bushis avaient été félicités publiquement et personnellement par le seigneur Bayushi Bakin-sama, il y avait 10 jours de cela. Notre intérêt piqué, Kyoshi-san annonça à Rika-chan que nous viendrions diner chez elle ce soir, une fois son frère rentré de patrouille, ce qu'elle ne put refuser.

Ijatsu-san, Kyoshi-san et moi-même nous rendîmes ensuite à l'annexe où les étas avaient préparé les dépouilles des nos assaillants. Elles étaient disposées côte à côte sur des présentoirs, leurs affaires rassemblées à leurs côtés, un trio d'étas en attente de nos ordres. Ils nous annoncèrent la mort par arme tranchante et l'absence de poison dans les organismes des victimes, chose sur laquelle on pouvait faire confiance à des étas du Scorpion.
Kyoshi-san commença par sonder les corps de son médaillon, avant de nous annoncer que les corps n'étaient que très peu souillés. Il nous expliqua que la Maho pouvait créer un zombie lorsqu'un Maho-tsukai invoquait un Kansen, un mauvais kami, puis le faisait prendre possession d'une dépouille. Ces corps n'avaient vraisemblablement été possédés que très peu de temps, quelques minutes au plus. Le fait que ces hommes se soient relevés d'eux-mêmes après leur mort sous forme de zombie était, selon lui, inhabituel.
Pour ma part, je demandai à un éta de manipuler les corps pour en étudier visuellement tous les recoins, à la recherche de signes distinctifs, en vain. Cet exercice me révulsa malgré moi et je ressentis bientôt le besoin pressant d'aller me purifier, la proximité de cette chair en putréfaction semblant souiller mon âme.
Ijatsu-san étudia les effets des assassins et se saisit de l'un des masques de ces derniers, avant de le lâcher brusquement. Au bruit du masque qui se brisait, nous le vîmes blême et apeuré. Il nous confia avoir ressenti, en le touchant, une forte impression de colère et de peur, ainsi que le sentiment d'être noyé dans du sang. Incapable de s'en approcher plus , il me demanda d'en ramasser un avec précaution. Selon Kyoshi-san, je ne risquai rien à le faire, le masque portant peu de souillure, comme un réceptacle de Maho qui avait servi et n'était plus actif. Je demandais néanmoins à un éta de me l'emballer avant de le placer dans mon sac.
Tandis que je me purifiais, Ijatsu-san se présenta sur la scène de notre escarmouche, qui finissait d'être nettoyée. Il n'y trouva aucune information supplémentaire.

De retour parmi mes collègues Yorikis, ces derniers avaient questionné Rika-chan et le magistrat à propos des masques de nos agresseurs. La jeune fille leur avait confié avec fierté que le masque que portait son frère lui avait été offert, lors de la cérémonie de félicitations publiques, des mains mêmes du seigneur Bayushi. Bayushi Iemitsu-san confirma qu'il en était de même pour ses neuf camarades. Au retour du capitaine, nous pûmes les nommer : les cinq que nous avions combattus étaient Seiji, Mitsutanu, Takeho, Koreshita et Yozan. Les quatre restants, en plus de Yorihide, étaient Mayoko, Nahohya, Patasuke et Dende.

Il fût décidé de nous rendre au dojo de la ville, situé non loin du palais, accompagnés du magistrat. A notre entrée, nous pûmes constater que la vivacité et les capacités de déplacement étaient nettement mises en avant dans l'entrainement des bushis Bayushi, chose que nous avions pu constater à corps défendant. Un vieux samuraï aux cheveux de neige nous accueillit, daisho à la ceinture. Bayushi Teryui-sensei nous expliqua, avec le moins de mots possible, que les dix bushis qui s'étaient distingués n'avaient pas eu de professeur particulier et qu'il avait lui-même finalisé leur entrainement. Il leur avait également fait passer leur Gempukku. Il confirma que des masques leur avaient été remis par leur Daimyo, lorsqu'ils lui avaient été présentés un par un. Certains étaient repassés depuis mais ils n'avaient pas changés selon lui. Cette dernière déclaration avait un accent de demi-vérité.
Percevant le malaise, le magistrat lui expliqua que l'honneur de son seigneur pouvait être en jeu, ses élèves ayant essayé de nous tuer hier sous son toit. Presque imperceptiblement énervé par cette nouvelle, Bayushi Teryui-sensei avoua avoir remarqué un changement d'attitude chez ceux qu'il avait vu et qui lui avaient semblés plus fiers qu'à l'accoutumée. Il conclut sur Yorihide-san en le qualifiant de patient et de tenace.
Le capitaine nous trouva avec les affectations des cinq bushis potentiellement compromis : Nahoya-san était en faction à la porte sud, Dende-san et Mayoko-san ne s'était pas présenté ce matin au palais, Patasuke-san devait patrouiller la route au nord et Yorihide-san était de patrouille en ville. Les deux absents avaient été vus hier pour la dernière fois. Ni le magistrat, ni le capitaine n'avaient entendus parler d'une certaine Maemi.

Nous nous rendîmes d'un pas décidé vers la porte sud, accompagnés d'un Yoriki que le magistrat nous avait adjoint de force, d'autres affaires l'appelant personnellement ailleurs. Il s'avéra, sans surprise, que Nahoya-san ne s'était pas présenté non plus à son poste ce matin. Ijatsu-san ordonna immédiatement que les portes de la ville soient fermées et envoya notre mouchard dire à Rika-chan que son frère était à présent recherché. Sentant que nous n'obtiendrions plus rien en cherchant les déserteurs, nous décidâmes d'exploiter la première piste qui nous avait amenés ici, celle de Maemi. Nous nous rendîmes au caravansérail le plus proche de la porte sud et demandâmes au responsable qu'il consulte ses dossiers à propos d'une certaine Maemi. Par chance, il avait régulièrement traité avec elle, réceptionnant pour elle de lourdes caisses de bois provenant du Village de l'Eau Pure et estampillées "glaise pour poteries". Il expliqua que ces livraisons arrivaient auparavant tous les mois, mais que la dernière datait d'il y a deux mois. Il retrouva enfin une adresse de livraison dans ses carnets de commande.

Nous partîmes vers le quartier des artisans, croisant en route deux bushis du Scorpion qui venaient visiblement à notre rencontre avec une intéressante nouvelle : Bayushi Yorihide-san venait d'être mis aux arrêts. Après les avoir renvoyés avec ordre de le surveiller de près, nous parvînmes à l'adresse de livraison pour Maemi.

La propriété à laquelle nous faisions face possédait un jardinet clos par une palissade et une maison où l'on pénétrait par une simple porte, très discrète. Kyoshi-san frappa, sans réponse. Je communiai avec un kami de l'air pour lui demander s'il y avait âme qui vivait dans cette propriété et il me répondit que non. Je soumettais alors l'idée à mes camarades de contourner l'édifice pour voir s'il n'y avait pas d'autre accès. Puis, une fois qu'ils eurent tourné au coin, je fis mine de me reposer contre la porte tout en jouant discrètement de mes rossignols, débloquant rapidement la serrure avant de basculer à l'intérieur, feignant la surprise pour un éventuel témoin. Puis je jetai rapidement un œil à l'intérieur confirmant l'absence totale d'activité. Mes camarades m'appelèrent et Ijatsu-san poussa la porte, puis entra, suivi des autres. Je pris l'air de rien, évoquant une chute maladroite en m'appuyant sur la porte ouverte. La maison avait tout de la demeure de heimins bon marché, quoique la décoration de valeur et de bon goût tranche avec le faste des lieux. Trois personnes dont deux femmes avaient habité cette maison, faisant chambre à part. Les objets utiles laissés sur place pouvaient indiquer un départ précipité, mais aussi un prochain retour. Kyoshi-san trouva un masque de qualité, dont le style n'était pas sans rappeler celui des masques de nos assassins de la nuit dernière. Ayeka-san l'observa et y découvrit une signature, Kansuke, nom qu'il me semblait avoir déjà entendu. Ijatsu-san trouva chez l'une des femmes, aux effets les moins riches, un kimono aux couleurs de ceux portés par les serviteurs du palais ce matin.

Le jardin possédait un coin zen ainsi qu'une dépendance, qui se révéla être un atelier de fabrique de masques. De nombreux moules et éclats de masques étaient présents, certains signés Kansuke. Ijatsu-san nous fit par d'un malaise : l'atelier était trop petit par rapport à la taille extérieure de la dépendance. Après une brève recherche, il sonda un mur à l'aide d'un ciseau, avant de désosser une étagère, révélant une pièce secrète. Un second atelier partageait la même cheminée que le premier et comportait, au centre, une zone où un grand glyphe était peint. La substance brunâtre qui le composait, que nous identifiâmes comme du sang, était présente en grande quantité. Un piédestal était également repeint de sang séché. Dans un coin, une meule servait à broyer le minerai d'obsidienne en une poudre, qui était incorporée au mélange utilisé pour fabriquer la porcelaine. Ayeka-san, visiblement sensible ou hermétique à la magie à volonté, annonça ressentir que cette activité avait duré longtemps. Pas un masque complet n'était présent, mais Ijatsu-san, le nez collé au sol, nous annonça qu'une douzaine de caisses, pouvant comporter jusqu'à 50 masques, avait été entreposée dans un coin de la pièce. Si l'obsidienne permettait de retenir un Kansen, alors quelques six cents masques maudits par la Maho avaient quitté les lieux il y a peu et menaçaient le clan du Scorpion.
Une rapide enquête de voisinage permit à notre Kitsuki d'étoffer ses hypothèses : Kansuke (un homme âgé) et Maemi (une belle grande brune) étaient partis ce matin vers le nord en direction de Kyuden Bayushi. Ils étaient accompagnés d'un marchand et d'un chariot, tiré par un bœuf, contenant une douzaine de caisses en bois. Les marques sur la bête de somme indiquaient le marchand connu sous le nom d'Enzo. La troisième habitante, une jeune fille nommée Yû et qui, selon sa description, nous avait servis ce matin même au palais du Daimyo, n'avait pas été vue.

Arrivés à la porte nord à 17h, on nous confirma le passage d'un chariot d'Enzo ce matin avec trois ou quatre personnes.
Nous fîmes un crochet vers la magistrature pour récupérer nos poneys, apprenant au passage que Yorihide-san avait attaqué un garde et que les magistrats avaient été obligés de l'abattre. Son masque lui avait été retiré. Le magistrat en chef nous confirma que le Karo du Daimyo avait été sollicité, sur la demande de Dozan-kun, et que les masques qu'il avait offert en cadeau à l'élite des nouveaux bushis provenaient bien d'un certain Kansuke, artisan réputé à Otosan Uchi. Un Yoriki nous fut, une fois de plus, assigné en escorte.

Nous prîmes la route sur nos montures à un train aussi soutenu que possible. Au bout de deux heures, alors que la lumière diminuait, le Yoriki de la Cité des Champs de Soie nous indiqua que nous aurions dû dépasser le chariot lourdement chargé que nous poursuivions. Nous rebroussâmes chemin, après avoir envoyé le Yoriki à Kyuden Bayushi pour prévenir la ville d'arrêter tout chariot correspondant à celui de nos fuyards et revenir avec des renforts pour les recherches. Nous fûmes obligés de passer la nuit dans un relais repéré plus tôt, rongeant notre frein jusqu'au lendemain. Au petit matin, Ijatsu-san nous fit monter sur une colline, le point culminant le plus proche. Nulle trace du chariot ou d'un campement, mais une autre surprise nous sauta alors aux yeux. Les plantations qu'encadraient la route sur une largeur d'une dizaine de mètres étaient suivies de vastes champs de pavot, dont la vente et la transformation en opium étaient interdites, bien que rien ne soit dit à propos de sa culture. Après tout, des Scorpions sans secret ne peuvent pas être de vrais Scorpions...
De retour sur la route, la chance nous fit croiser un marchand à pied, que notre chariot avait doublé hier soir avant le relais. Il était accompagné de quatre bushis Bayushi. Ainsi, supposant une poursuite, nos fabricants de masque avaient quitté la route le temps qu'on les double, puis avaient poursuivi toute la nuit, nous doublant à nouveau. Nous fîmes volte-face, retournant vers Kyuden Bayushi, mais de manière plus circonspecte.

Vers 13h, notre pisteur Crabe, alias Kyoshi-san, remarqua les traces d'une sortie de route par un véhicule chargé, cheminant entre deux champs. Nous suivîmes cette piste, pour finalement arriver en vue d'une grange. Je questionnai à nouveau les kamis de l'air sur les forces en présence dans le bâtiment, au nombre de 6. Quelqu'un s'était déjà échappé... les kamis m'indiquèrent également la présence d'un grand nombre de mauvais esprits, très probablement les Kansens piégés dans les 600 masques. A l'aide d'une flamme invoquée, je tentai d'allumer un feu contre le mur en bois de la grange opposé à la seule porte, dans le but de faire sortir nos adversaires, sans succès.
Perdant patience, Kyoshi-san frappa et la porte s'ouvrit sur des ténèbres. Ayeka-san, dont le sang s'échauffait, pénétra en trombe dans la bâtisse, daisho au clair, en hurlant un flot de flammes. Nous pûmes apercevoir deux bushis armés d'arcs devant un bœuf avant que la porte ne se referme sur elle. Jurant, mes camarades se ruèrent à sa suite, forçant le bushi qui maintenait la porte fermée à laisser passer mes camarades. Comprenant qu'un combat dans le noir nous serait défavorable, je décidai d'invoquer la Fureur d'Osana Wo sur la grange, l'illuminant d'éclairs. Dozan-kun eut fort à faire, de même que Kyoshi-san, aux prises avec deux bushis Bayushi dont nous avions pu mesurer la vitesse de combat. Ijatsu-san réussit à faire tomber l'un de nos ennemis alors que deux Maho-tsukais se révélaient : Kansuke et Maemi ! Ils psalmodiaient des mélopées dissonantes, coupant de leur Vide mes nakamas.
Ayant réussi, d'un second éclair, à allumer quelques flammèches dans la toiture, je soutenais mes compagnons Yorikis de quelques Frappes de Jade, quand, soudain, une braise s'alluma dans les yeux d'Ayeka-san. Ses pupilles brunes devinrent deux rubis, alors que des volutes de fumée lui sortaient par le nez et qu'elle se retournait vers Dozan-kun pour l'attaquer. Ce dernier se replia en contournant le bœuf carbonisé par Ayeka-san, pour voir Maemi se dématérialiser sous forme de fumée, avant de disparaître. Alors que Kyoshi-san faisait à son tour les frais de la fureur de la dragonne, Dozan-kun affronta le Maho-tsukai connu sous le nom de Kansuke. Son visage à présent difforme et ses bras dégouttant de sang noir nauséabond faillirent avoir raison de la volonté de notre Champion de Topaze. Pris d'un éclair de lucidité dans ce chaos, Ijatsu-san ôta de son sabre le masque d'un bushi, avant de le briser. Je sentis alors une vague de rage et de colère me frôler et tenter de prendre possession de moi, avant d'abdiquer. Kyoshi-san et Ayeka-san tombèrent ensemble, alors que le premier mort se relevait. Ijatsu-san s'empressa de débarrasser les deux autres cadavres de leur masque, tandis que Dozan-kun se débarrassait du Maho-tsukai. Sortant mon wakizashi, j'attaquais le revenant, vite épaulé par le Kitsuki et le Shiba.

Puis j'apaisai Ayeka-san du Sommeil du Vent, faisant enfin disparaître la lueur folle de ses yeux. Je pu alors, en toute sureté, invoquer la Voix de la Paix intérieure sur mes deux camarades tombés. La vie de Kyoshi-san n'avait tenue qu'à un fil, tant la rage d'Ayeka-san l'avait submergée. A nouveau stable sur ses jambes, le Tsukai-sagasu entreprit de briser un à un les masques impies, tandis que je m'éloignais des lieux pour ne pas être exposé eux Kansens. Peu de temps après, Ijatsu-san, qui était parti attendre au niveau de la route, revint avec des renforts sous forme d'une patrouille de Kyuden Bayushi. Ils nous apprirent que la livraison de masques était une collection spéciale, destinée aux plus hauts nobles de Kyuden Bayushi et attendue d'ici peu.
Nous regagnâmes le Village des Champs de Soie après avoir laissé le feu purifier la grange.

De passage à la Magistrature des Champs de Soie, nous transmîmes toutes les informations en notre possession concernant Maemi et sa fille Yû.
Dozan-kun eut le loisir de décrire Maemi à un artiste, qui dressa son portrait, qui serait reproduit sur les avis de recherches.
Pour ce qui était de Yû, le personnel du Palais la connaissait très bien puisqu'elle était au service du Daimyo depuis plus d'un an. Les descriptions des voisins de Kansuke confirmèrent son identité.
Alors que certains de mes compagnons Yorikis pansaient leurs récentes blessures, nous autres tentâmes de pousser un peu plus l'enquête.

Nous fîmes perquisitionner la demeure du marchand Enzo, immédiatement retrouvé chez lui. Après un interrogatoire auquel nous pûmes assister, il s'avéra qu'il avait été payé par Kansuke pour transporter une cargaison de Masques, dont il ne savait rien et qu'il n'avait même pas vus. Accompagné par Maemi et Kansuke, ils étaient sortis du Village des Champs de Soie sur la route du nord et s'étaient arrêtés à un petit peu moins d'une heure de route. Là, ils avaient pris un petit chemin à travers champs jusqu'à une remise où ils avaient rejoint une petite troupes de samurais du Scorpion. Les samuraïs étaient restés silencieux et Kansuke avait expliqué qu'ils seraient escortés par les troupes du Daimyo pour la fin de leur trajet. Il avait ensuite payé Enzo pour son aide et lui avait acheté son chariot rubis sur ongle. Le marchand était ensuite retourné en ville et rentré chez lui où il avait repris le travail. Son implication n'était donc pas engagée.

Nous apprîmes ensuite que famille Yogo avait dépêché deux Shugenjas qui arrivèrent rapidement pour étudier le Masque confisqué à Norihide-san. Ce masque se trouvait pour l'instant en possession du Shugenja du Palais, qui le surveillait et en interdisait accès et contact à quiconque. Je leur confiai également le masque que j'avais pris sur l'un des cadavres de nos assaillants de l'avant-veille.
Quant à Norihide-san, Ijatsu-san revint d'un entretien avec les magistrats qui l'avaient gardé, convaincu que les gardes avaient simplement voulu le mettre aux arrêts, ce qu'il avait accepté assez facilement. La situation avait dégénéré dès qu'il lui avait été demandé d'enlever son masque, conformément aux ordres que nous avions fait passer. Là, il était devenu enragé et s'était lancé au combat contre ses gardes, qui avaient du se défendre... et le tuer deux fois !

Durant notre présence, pas de nouvelle cargaison d'obsidienne. A priori, les dernières caisses qui étaient arrivées commençaient à dater... potentiellement du moment où nous avez combattu l'Oni de l'île du Levant... La magistrature Scorpion surveillerait d'éventuelles nouvelles arrivées et on me promit de renvoyer au Village de l'Eau Pure toute cargaison d'obsidienne qui arriverait, après l'avoir enchantée. Nous repartîmes enfin après quelques jours, sans qu'il ait été trouvé aucune trace des deux femmes.

Je ne saurais que trop vous inciter à la prudence, Shosuro Hayato-sama, car je pressens des troubles bien au-delà de cette enquête. Cette Maemi est très dangereuse et si elle est, cette fois-ci, passée à deux doigts de causer une catastrophe majeure au sein de notre clan, sa disparition ne peut laisser présager que de nouveaux troubles pour le Scorpion. Elle ne ressemble que trop au plus célèbre des Maho-tsukai... Avec mes plus profonds respects, votre serviteur, Soshi Tôshiro.


Dernière édition par Babanek le 28/07/17, 10:25 am, édité 1 fois

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Chapitre Huit

Message  Babanek le 28/07/17, 10:24 am

4e jour du coq. De retour au Village de l'Eau Pure, nous fîmes le rapport complet de notre enquête à Doji Yamato-sama. Il nous félicita pour avoir épargné un sort malheureux à 600 habitants de Kyuden Bayushi, avant d'enchaîner sur une nouvelle enquête, d'un style un peu particulier. L'un de nos heimins, nommé Yabu, avait besoin d'aide : sa fille Suni avait disparue depuis une semaine. Le garde avait demandé à leur chef, le ronin Kitada, un ancien bushi du Scorpion, de plaider auprès de Doji Yamato-sama pour qu'il utilise les ressources de la Magistrature d'Emeraude afin de résoudre une enquête qui ne semblait que peu intéresser la Magistrature de l'Eau Pure. Pour le bon fonctionnement de notre établissement, le Magistrat d'Emeraude avait accepté et nous demandait à présent d'enquêter sur le sujet, de manière officieuse, pour ne pas froisser nos collègues locaux. Il nous offrit donc des vacances, officiellement cette fois, afin de nous dégager du temps libre, sans avoir à collecter l'impôt.

Nous fîmes remplacer Yabu à la garde de la Magistrature et Kitada lui offrit sa journée pour que nous ayons le loisir de l'aider. Bien que nous ne nous attardions généralement pas sur nos heimins, je connaissais Yabu pour être un homme d'âge mur, discret et efficace. Il avait déjà ramené plusieurs fois  Ijatsu-san à la Magistrature et se plaisait à ne faire comme si de rien était avec un flegme exemplaire, permettant à mon camarade Yoriki de conserver tout son honneur en sa présence. Ce dernier lui trouva immédiatement un air inhabituellement tendu et inquiet. D'abord mis mal à l'aise par notre arrivée en nombre, il fut rassuré par la présence de Kitada et répondit à nos questions avec empressement, visiblement heureux que nous lui venions en aide.

Suni, apprentie poissonnière de 15 ans, dépeinte comme jolie, avait disparu sans rien emporter d'autre que ses vêtements, dans la nuit du 27 au 28 du mois su singe. Elle avait diné avec sa mère Lindoshin comme à son habitude, avant de se retirer pour la nuit, comme à son habitude. Son père était de garde à la Magistrature cette nuit-là. Au matin, elle était absente de leur domicile, sa mère n'ayant rien entendu.
Détail inquiétant, sa mère aurait parlé d'une autre disparition dans leur quartier, il y a moins d'un mois.

Nous décidâmes de commencer par inspecter la demeure de Yabu et de sa famille, située dans le quartier du Roc. Ce quartier, bien que classique, était plutôt aisé et logeait des heimins bourgeois et des samurais. Situé au pied du Dojo de la ville, il abritait entre autres un quartier des plaisirs, dissimulé derrière une grande haie et accessible par une seule entrée.
Yabu habitait au premier étage d'une maison logeant 4 familles. Sa femme Lindoshin et son jeune fils Yoyotokin étaient marqués par le chagrin. Nous apprîmes que Suni était promise à un ashigaru de son âge nommé Santo, mais ses parents étaient bien incapables de dire si cela lui plaisait ou non. La maison fut passée au peigne fin, sans remarquer quoi que ce soit d'autre qu'un ordre et une propreté sans défauts.
Dans la chambre de Suni néanmoins, Ijatsu-san trouva une poupée neuve cachée dans le futon. Sans être faite de matériaux précieux, la qualité de la finition de cette poupée devait faire monter son prix à plus d'une dizaine de kokus, une valeur qui ne cadrait pas avec la vie d'un heimin. Alors que notre Kitsuki détaillait la fenêtre et le mur extérieur à la recherche d'éventuelles traces d'escalade, je tentai de réveiller le kami habitant un plan de sauge de la chambre de Suni, à la recherche d'un témoignage sur le jour de sa disparition, sans succès. J'eus plus de chance avec un kami de l'air qui avait élu domicile en bas de l'escalier : il avait trouvé Suni impatiente, enjouée mais aussi inquiète la dernière fois qu'il l'avait vue, au beau milieu de la nuit. Il avait ajouté que cette humeur joyeuse durait depuis un mois, alors qu'elle était tombée amoureuse.
Lindoshin nous renseigna sur l'autre disparition : vers le 20e jour du singe, Katsuke, 15 ans, fille d'une voisine et amie, vanneuse dans la rue des Douces Bordures, à deux pas, avait disparue dans les mêmes circonstances. Les deux filles, bien qu'elles se connaissent, ne se fréquentaient pas.

Laissant Yabu chez lui et suivant cette piste, nous allâmes trouver Yoshai, le père de Katsuke, qui avait également trouvé une poupée après la disparition de sa fille, mais l'avait vendue à un moine de Daikoku nommé Ryutsu.

Il était l'heure de déjeuner quand nous parvînmes au cœur du Quartier du Temple et nous pûmes déguster une carpe flambée au saké après avoir joué des coudes pour arriver au pied du temple de Daikoku. Les boutiques dressées autour du temple étaient temporaires, pressées les unes contre les autres, mais on pouvait y trouver presque tout. Le contraste fut fort lorsque, pénétrant dans le temple de Daikoku après notre repas, nous y trouvâmes des boutiques permanentes, faites de bois et richement décorées. Les produits vendus ici étaient d'une toute autre qualité que ceux disponibles à l'extérieur. Les arches, fresques et autres mosaïques qui décoraient le temple ajoutaient un charme fou au marché qui s'y trouvait. L'atmosphère était plus calme et plus légère, les moines de Daikoku encadrant le commerce qui s'y faisait d'un main de maître. Il ne fallut d'ailleurs pas plus de deux minutes pour qu'un moine ne vienne s'enquérir de nos besoins, moyennant une donation tout à fait volontaire à Daikoku, bien évidemment.
Parvenus à un secteur spécialisé dans l'artisanat, Ijatsu-san dégota rapidement une poupée similaire à la notre sur l'étal d'un marchand sans mon. La poupée était très semblable à la première, possédant les mêmes traits fins et détaillés, comme si elle représentait la même personne avec un accoutrement différent de la notre. Le propriétaire l'avait achetée au fameux moine Ryutsu et faisait grand cas de la pièce, qu'il nous vanta avec ferveur, dans l'espoir de nous la vendre. Il ne connaissait malheureusement pas l'artisan qui en était la source et celle-ci était la première qu'il voyait de cette qualité. Il nomma Myato Kiwi et Testujoni, deux experts de ce genre d'artisanat, que nous pourrions aller voir en ville pour les questionner.
Nous demandâmes finalement à voir Ryutsu et, après avoir offert un demi koku de plus à Daikoku pour encourager le commerce du Village, le moine nous désigna trois artisans de l'Eau Pure capables de réaliser de tels objets. Le premier, Goshai, faisait des poupées dans le quartier du Roc, de même que le second, Judoru, propriétaire de l'établissement "Les petites mains". Le troisième, un dénommé Oroku, avait sa boutique "Un amour de Porcelaine" à deux pas du Grand temple de Daikoku, ce qui le désigna comme premier perquisitionné.

Nous eûmes bientôt la surprise de nous trouver face à une porte close, ce qui était bien étonnant pour une boutique du Village de l'Eau Pure  en début d'après-midi. Faisant le tour du bâtiment, comprenant un jardin sur l'arrière, nous questionnâmes la voisine, qui prenait une pause avant de se remettre à sa fabrication de teinture. Egalement surprise, elle nous confia avoir croisé Oroku pour la dernière fois il y avait 2 jours de cela. Détaillant la poupée que nous lui présentâmes pour confirmer qu'elle venait de "Un amour de porcelaine", elle s'empressa d'abonder, indiquant que c'était elle qui faisait les pigments de la tête.

Cette fois, Ijatsu-san n'eut plus aucun scrupule à enfoncer la porte arrière d'un monstrueux coup de pied. Sur l'arrière se trouvait un atelier de céramique avec un four ainsi qu'un métier à tisser; sur l'avant, la boutique. Notre Kitsuki remarqua rapidement que les meilleurs outils manquaient, de même que l'argent de la caisse. A l'étage, Dozan-kun et Ijatsu-san trouvèrent des écharpes de qualité ainsi qu'un obi contenant une bourse, aux couleurs de la Grue. Une trappe fut découverte dans la chambre d'Oroku, à laquelle on accédait par des barreaux escamotables.
Là, mes deux camarades furent stupéfaits. Au contraire de la demeure, rangée et ordonnée à l'extrême, un fouillis de caisses et de tissus encombrait les combles. De nombreux croquis d'un même visage féminin, ressemblant à s'y méprendre à celui de la poupée, recouvraient les murs. Des poupées en conception jonchaient cet atelier secondaire et l'intérieur des têtes des poupées était couvert de symboles ésotériques, tracés à l'aide d'un pinceau trempant dans un liquide rouge à l'odeur métallique... à nouveau, le sang était utilisé à des fins bien obscures !
Dans un coin, Dozan-kun remarqua une femme prostrée et immobile, des lignes rouges lui parcourant tout le corps, une empreinte de main sanglante sur l'épaule. Il s'arrêta net à un mètre d'elle, réalisant son erreur : il s'agissait d'une poupée de taille humaine, toujours avec le même visage, mais cette fois emprunt de mélancolie.
Ijatsu-san s'approcha et fut soudain frappé par une forte odeur de sang. L'odeur semblait contenue par une série de bâtons d'encens, qui, à bien y regarder, fumaient sans se consumer. Il avisa une bâche de chanvre derrière la poupée et la souleva, révélant une vingtaine de cadavres de jeunes filles, dans différents états de décomposition. Les corps étaient entassés pêle-mêle tels des chiffons, certains depuis plusieurs mois et l'odeur qui se répandait à présent devenait insupportable. Les visages des victimes les plus récentes étaient couverts de kanjis tracés à l'envers, comme dans un miroir. Dozan-kun redescendit rapidement, ressentant un fort besoin, bien connu et justifié, de se laver et de se purifier. A l'inverse, Kyoshi-san monta sous les combles, comme attiré par l'odeur du sang et par ce qu'il pourrait découvrir  à l'aide de ses pouvoirs. Il annonça rapidement que le phénomène présent n'était pas de la Maho à proprement parler, puisqu'il n'avait perçu aucune trace de souillure, mais que le procédé en était très proche. Le sang était ici utilisé pour lier les choses, avec une magie plus traditionnelle.

Je décidai de ranimer l'Esprit du Four, que je sentais subsister dans les braises de l'atelier, pour l'interroger. Une fois craquant et vibrant de chaleur, le kami m'expliqua qu'Oroku n'était pas le vrai nom du propriétaire des lieux, mais qu'il n'en savait pas plus à ce sujet. Il me confia que l'artisan était parti aujourd'hui même, méticuleux et organisé mais pressé, pour un endroit qu'il avait préparé à l'avance. Personne d'humain ne l'accompagnait, mais de nombreux kamis dont certains dans des poupées.

De retour dans la rue, nous fîmes mander des renforts d'etas et d'heimins de la Magistrature d'Emeraude, ainsi que Yabu. En attendant, nous demandâmes à la voisine de nous décrire le suspect : homme de 40 ans, il avait souvent le visage dissimulé par une écharpe, dont elle avait déjà pu apercevoir la moitié inférieure, gravement brûlée. Il s'absentait souvent le soir, ce qui nous fit penser que le Quartier des plaisirs du Roc recevrait notre prochaine visite.
Avec l'arrivée des etas, les corps furent descendus au grand jour. Parmi les plus récents, Katsuke et Suni furent reconnues par leurs parents effondrés. Les kanjis présents sur leurs visages furent traduits par "apparence" et "servitude". Un prénom écrit de manière étrange, débutant par "Sa" et finissant par "Ka" fut également retrouvé sur plusieurs filles.
Ayeka-san nous fit part d'un malaise alors que la poupée humaine était déplacée non loin de nous. Elle avait tendance à se repositionner comme le ferait le corps d'un humain et non celui d'une poupée. Etendant ma perception, je ressentis un faible élément d'eau dans la poupée. Passant à l'élément air, j'eus le souffle coupé par une colère, forte au point d'en être effrayante, comme si j'avais violé quelque chose de sacré chez les kamis de l'air. ils étaient très présents autour de nous et surtout autour de la poupée. Troublé par cette expérience, je ne réussis pas à percevoir l'éventuelle présence de feu ou de terre.
Je décidai de passer à notre petite poupée, celle de Suni. Je repérai un kami de l'air en son sein et voulus lui demander à quoi il servait et s'il voulait bien nous conduire à Oroku, mais je subis à nouveau une forte agression mentale et m'effondrai, inconscient.

Je me réveillai vers 22h dans ma chambre de la Magistrature, après un sommeil sans rêves, éreinté par mon expérience. Toutes les preuves et les corps avaient été ramenés ici et mes camarades avaient questionné Doji Yamato-sama à propos de l'obi trouvé : il appartenait à un membre de la famille Asahina, les shugenjas de la Grue, réputés pour la création d'objets magnifiques et enchantés de pouvoirs éphémères nommés tsangusuri.


Dernière édition par Babanek le 28/07/17, 12:43 pm, édité 1 fois

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Chapitre Neuf

Message  Babanek le 28/07/17, 10:26 am

Nous nous rendîmes dans la cave qu'avait réquisitionné Ijatsu-san pour y entreposer les poupées, géante comme petite, ainsi que les dessins trouvés chez le dénommé Oroku. Le Dragon me questionna sur la famille Asahina et leurs méthodes. Je savais pour ma part que ces shugenjas de la Grue avaient pour habitude de lier de petits kamis à des objets pour y faire apparaître des effets que l'on qualifierait de magiques. Mais ils ne manipulaient pas les kamis présents à l'intérieur, ce qui serait vu comme très déshonorable par tout autre shugenja. Selon Kyoshi-san, pourtant, le sang permettrait à cet Asahina de se lier psychiquement au kami et ainsi d'utiliser ses sens, comme le faisaient les Maho-tsukai.
La grande poupée se démarquant des petites, je décidai de l'analyser plus profondément et me mis à communier avec un kami qu'elle renfermait. Aucune colère n'habitait cette poupée géante et bien que je ressentisse un kami de l'air, je ne pus lui parler, le ressentant comme partie d'un mélange de kamis de tous les éléments, équilibré comme c'est le cas dans un corps humain. Ainsi, cette poupée était comme une coquille vide, prête à accueillir la vie.

Nous décidâmes d'aller alerter la Magistrature de du Village de l'Eau Pure et avec l'aval de Doji Yamato-sama, qui veillait dans son bureau, Ijatsu-san rédigea un mandat d'enquête.

Vers minuit passé, Kuni Hayesu-sama, le Magistrat de l'Eau Pure, nous accueillit avec égard, malgré son réveil au beau milieu de la nuit. Il avait pour sa part reçu un rapport décrivant la procession qui avait acheminé 22 corps à notre Magistrature plus tôt dans la journée et accéda à nos requêtes, recevant le mandat d'Ijatsu-san.
Il ferait prévenir la garde aux portes de la ville, ainsi que la garde des Eaux, y joignant la description du fugitif. Il ferait également rechercher les dossiers concernant les disparitions de jeunes filles sur les trois derniers mois, ainsi que l'acte de propriété d'"un amour de porcelaine", qui nous parviendraient en début d'après-midi.

Sur notre lancée, nous nous rendîmes au temple de Daikoku, espérant pouvoir y saisir la seconde poupée vue dans la journée. A une heure et demi du matin, la place du temple comprenait moitié moins de marchands qu'en plein jour. Le temple était bien évidemment illuminé et ouvert, les bonnes affaires n'attendant jamais. Notre boutique était également toujours ouverte, bien que le marchand ait changé et tienne la permanence pour deux stands. Nous saisîmes la poupée contre un certificat signé par la Magistrature d'Emeraude, afin que le marchand puisse réclamer le prix de l'objet. Après une petite donation à Daikoku, Ijatsu-san nous invita à déguster une bonne bouteille de saké pour fêter la fin d'une journée de vacances plutôt remplie.

5e jour du coq. Je réveillai Ijatsu-san vers 9h30, alors qu'il ronflait d'un sommeil riche en vapeurs de saké. Kyoshi-san, lui, avait veillé tard et tenté de réaliser des sceaux d'exorcisme, morceaux de papiers couverts de symboles ésotériques et chargés de magie, aidant à libérer une personne de la possession d'un esprit. la nuit lui avait porté conseil, puisqu'après deux essais infructueux cette nuit, il y était finalement parvenu ce matin au réveil.

Afin de réveiller mes camarades, je leur proposai une petite marche, nous conduisant au point culminant de la ville : le dojo. Maintenant que nous avion deux poupées, je pouvais me permettre d'en briser une et de libérer le kami en colère et en souffrance qui y résidait.

La marche jusqu'au dojo fut sportive, ce dernier étant perché sur le Roc, lui-même surplombant la ville. Le bushi de faction à la porte n'était pas forcément enclin à nous laisser monter en haut de son sanctuaire, mais il dut bien s'incliner devant nos insignes de Yorikis impériaux. S'ensuivit une longue montée de marches, nous faisant passer entre les jambes d'une gigantesque statue du Kami Hida. Nombre de bushis Crabes s'exerçaient, eux-aussi, à monter les escaliers, mais chargés de sacs de sable afin de développer la musculature et l'endurance qui faisait leur réputation. Ereinté par notre ascension, mais profitant d'un point de vue imprenable sur la ville et ses alentours, je me laissais aller à me faire bercer par les vents. Les kamis de l'air devaient être ici, plus que nulle part ailleurs au Village, présents en grand nombre et grands parmi les leurs.
Je leur adressai une prière, leur expliquant que j'étais venu libérer l'un des leurs, prisonnier de la poupée que je tenais en main. Je sentis effectivement s'apaiser leur humeur, qui était passée à la colère dès  notre arrivée.
Alors que mes camarades s'éloignaient, redoutant ce qui m'était arrivé la veille, je brisai la tête de la poupée d'un coup de semelle bien senti.

Une bourrasque d'une violence inouïe éclata sous moi, lacérant mes vêtements comme mon corps et me propulsant à la verticale. J'avais pourtant senti les kamis environnant contenir la formidable énergie, sans que cela ne suffise. Alors que Kyoshi-san me donnait les premiers soins, je m'ouvris aux kamis présents autour de moi et leur demandai leur avis sur ce qui venait de se produire. Ils me répondirent que le kami emprisonné était dans un état de faiblesse trop avancé pour se libérer du lien spirituel qui l'entravait, bien que sa prison physique soit détruite. Le seul moyen qu'il avait trouvé pour se libérer avait été de retourner à l'état primordial et de se fondre dans l'air, sa dissipation provoquant l'explosion. Ils avaient également senti la présence du lien qui se rompait et son point d'origine qu'ils situaient en ville, sans plus de précision. Ils indiquèrent que celui qui entretenait ce lien avait également forcément senti cette rupture. Ils conclurent en disant qu'il nous fallait libérer l'autre kami de sa poupée sans tarder. Les remerciant pour leur protection et leur aide, nous repartîmes, les bushis Crabes étonnés de me voir redescendre en si piteux état.

Après quelques soins supplémentaires à la Magistrature d'Emeraude, nous déjeunâmes et apprîmes que Doji Yamato-sama était ce soir invité par le Conseil de la Ville. Ils recevaient Daidoji Uji-sama, fils du daimyo de sa famille, en partance pour la Cour d'hiver à Kyuden Hida. Yasuki Taka-sama, daimyo de la famille Yasuki, serait également présent. Il était donc implicitement demandé aux Yorikis impériaux d'être prêts à tout pour cette rencontre qui pouvait vite devenir explosive.

Vers 14 heures, un Yoriki du Village et deux heimins nous apportèrent une caisse de documents. Durant les trois derniers mois, une quarantaine de disparitions de filles d'une quinzaine d'années avaient été enregistrées. Cela représentait le double du taux de disparitions habituel. Un certain nombre d'enquêtes ayant été résolues, une trentaine restaient sans conclusion, la plupart dans le quartier du Roc. Sur vingt-deux corps ramenés, 10 avaient été identifiés, tous dans le même quartier.
"Un amour de porcelaine" était louée depuis 6 années par Oroku à un membre du Conseil nommé Yasuki Sobuju. A bien y regarder, en feuilletant nonchalamment d'autres actes de propriétés ou de location, tous les bâtiments et terrains du Village de l'Eau pure semblaient être la propriété d'une seule dizaine de personnes, probablement tous membres du Conseil.

Je demandai au Yoriki de l'Eau pure de faire remonter à sa Magistrature la confirmation que le suspect était toujours présent au Village, insistant sur la nécessité de ne pas le laisser quitter la cité.
Je demandai également à nos propres Yorikis et heimins de se rendre auprès de chaque famille qui avait signalé une disparition ou pour laquelle un corps avait été identifié. Ils devraient y demander que leur soit remises les poupées, quitte à fouiller si nécessaire. Ces poupées seraient ramenées à notre Magistrature d'Emeraude pour y être isolées puis détruites.
Vers 16 heures, alors que j'émergeais d'une méditation dans le jardin zen situé derrière la Magistrature, j'eus la surprise de découvrir à côté de moi une silhouette encapuchonnée. C'était Fujoni, un moine de Fukurokujin, que j'avais rencontré au temple de la sagesse de vos terres, Monseigneur. Il avait attendu que je termine mon rituel pour ne pas me déranger et semblait être tout à fait à sa place au beau milieu de la Magistrature d'Emeraude! D'un phrasé énigmatique, il me confia que la vie du marchand nommé Saemon-san était en danger et que celle qui le visait n'était autre que notre ennemie commune : l'Ombre rampante ! Il tut ses sources et ne s'étala pas sur les raisons de sa présence ici, me quittant et repartant comme si de rien n'était.

J'allai immédiatement partager avec mes nakamas Yorikis l'information que j'avais reçue, désolé quant au manque d'informations complémentaires à leur fournir. Il fut convenu que nous lui rendrions immédiatement visite, nous étant également engagés à lui faire connaître le fin mot de l'enquête qui nous avait amenés chez lui.

Nous le trouvâmes dans son jardin, à la même place que la dernière fois, préparant un thé auquel il nous convia. Après un bref rapport sur la précédente enquête, je soulignai le fait que la Maho-tsukai connue sous le nom de Maemi et sa fille Yui couraient encore et que lui-même courait un danger. Dédaignant mon avertissement, il tenta Ijatsu-san sur une partie de go, mais le Kitsuki préféra relancer la conversation sur notre enquête actuelle. A la description de notre suspect, brûlé au visage, fugitif de la Grue et ne portant aucun mon ou signe distinctif, je vis un possible parallèle avec Saemon-san, qui, pour ce que nous en savions, pourrait avoir appartenu à n'importe quelle maison et arborait lui-même des brûlures semblables, presque au même endroit. Mon entrainement de Scorpion, visant à deviner ce que les gens pensent au delà des apparences, me permit de comprendre que Saemon-san maintenait en public une façade de neutralité permanente, de manière naturelle et très efficace. Cependant, s'il avait un lien avec notre Asahina, j'étais persuadé que je l'aurais perçu.

Saemon-san nous confirma que le Village de l'Eau pure était l'endroit idéal pour se cacher.
Si rien ne le retenait ici, Oroku partirait ailleurs et nous ne le reverrions plus jamais.
Si, par contre, il était attaché au Village par un lien, il y resterait, attendrait patiemment son heure et se remettrait à son œuvre. Nous n'aurions alors qu'à guetter les signes de son activité. Selon Saemon-san, le brassage continu de voyageurs et les diverses activités plus ou moins légales qui s'y tenaient présentaient un environnement parfait pour la quête qu'il poursuivait et qui nécessitait l'enlèvement de jeunes filles. Il restait donc de grandes chances pour qu'il demeure dans la cité.
Quand nous lui décrivîmes le mode opératoire qu'il utilisait et les dessins ornant son atelier secret, dont certains assez vieux en apparence, Saemon-san tiqua. Il souligna que bien qu'Oroku se soit mis à enlever des filles depuis trois à quatre mois, le processus de recherche semblait avoir débuté il y avait bien plus longtemps, probablement même avant son installation à "un amour de porcelaine". Ainsi, la fille qu'il essayait de faire revivre au travers de la grande poupée n'était peut-être pas sa fille, comme nous le pensions jusqu'à présent, mais plutôt sa femme.

Je restai perturbé par l'avertissement que j'avais reçu et m'obligeai à demander à Saemon-san son programme de la soirée, ainsi que le détail de son personnel. Il était composée de quatre ronins et d'une dizaine d'heimins dont cinq ashigarus. Très confiant en sa garde personnelle, il refusa que nous lui servions de garde mais contourna le problème en nous invitant cordialement à passer la nuit dans sa résidence, insistant pour une partie de go, qui lui fut accordée. Ijatsu-san, qui n'avait pas rejoué depuis ses classes auprès de la maison Ikoma, se défendit bien mais fut finalement vaincu, par la technique de sacrifice qui lui avait valu sa répudiation. Il prit alors la pleine mesure de son adversaire, qui bien que n'étant pas un spécialiste du go, était un formidable stratège. Saemon-san ne nia pas être un ancien Lion, pas plus qu'il ne l'affirma. Une revanche ultérieure fut accordée à Ijatsu-san, qui prit congé en repartant à la Magistrature, prêt à nous envoyer son apprenti Hando si jamais notre présence était requise.

Saemon-san fut sans trop de surprise un hôte remarquable, sa maisonnée dénotant néanmoins un niveau de service et d’étiquette digne du palais d’un daimyo de clan. Après un agréable repas en compagnie de son intendant Oyadju, à parler du Village, sujet sur lequel le ronin aveugle était un puits d’informations, il se retira pour ses ablutions et sa méditation du soir, avant d’aller se coucher. Il avait fait préparer des appartements dans la même aile que lui pour Kyoshi-san et moi. Me réservant le petit matin, période favorite de tout assassin qui se respecte, je laissai au moine Kuni la première garde. Il fit le planton devant la porte des appartements de Saemon-san, ne croisant qu’un ronin qui faisait sa ronde régulièrement.  Il me réveilla comme convenu avant d’aller se coucher. Je priai les kamis de l’air pour qu’ils me permettent de partager leur essence et devenais intangible, passant doucement et sans bruit à travers les cloisons, jusqu’à la chambre à coucher de notre hôte. Je trouvai dans un coin, sous une table, à moitié derrière un paravent, un emplacement donnant une vue imprenable sur la chambre et ses voies d’accès, tout en restant dissimulé et hors des chemins possibles du ronin aveugle. S’ensuivit une longue attente, que l’adrénaline me permit de traverser sans somnolence.

Soudain, je m’aperçus, presque par chance, que la porte d’entrée s’ouvrait sans aucun bruit, le  panneau étant levé et poussé avec une maîtrise impeccable. Dans un silence surnaturel, un des ronins de Saemon-san entra dans la pièce, et referma la porte, du moins l’avais-je cru une seconde. Bien qu'habillé du kimono gris et du daisho sans mon en vigueur en ces lieux, son visage était totalement lisse : pas d’yeux, ni de bouche, ni aucun trait distinctif. Il se dirigea vers le lit tout en sortant la garde d'un ninja-to de son kimono. Je devais agir. Dans une prière silencieuse, je fis résonner un bruit de grattement à l’opposé de la pièce, pour détourner l’attention de l’assassin de sa cible. Un battement de cœur plus tard, l’homme s’était matérialisé dans le coin, prêt à frapper, avec une vitesse fulgurante.

Je m’interposai entre le lit et l’homme sans visage, tout en priant de la voix la plus forte possible les kamis de la terre, espérant réveiller Kyoshi-san et toute la maisonnée, de même que Saemon-san. J’ignorai si une telle créature était sensible à une frappe de Jade et ne connaissais qu’un moyen de le découvrir rapidement. Hélas, les kamis me murmurèrent qu’ils ne pouvaient déchaîner le pouvoir du Jade sur une créature non souillée. Derrière moi, le ronin aveugle se réveilla dans un sursaut, la main déjà posée sur le katana qui reposait à côté de son lit. Un éclair fusa dans la pièce et Saemon-san reçut avec douleur un shuriken en pleine poitrine. Tandis que je dégainais mon wakizashi et lui expliquais en quelques mots la situation, il se mit à l’abri derrière son futon pour se protéger d’autres projectiles.
L’assassin se tourna vers moi et je vis, avec un mélange de passion mêlé d’horreur, le visage de ma bien-aimée Bakono-chan qui me sourit d’un air coquin et mit un doigt sur sa bouche avec une moue rieuse. Mon cœur eut soudain envie de sortir de ma poitrine. Elle était là, mais c’était impossible. C’était un homme sans visage il y a quelques secondes seulement ! Ou alors était-ce elle depuis le début ? Dans un cri de dépit et de rage, je tentai tout de même de lui porter un coup, mais mon déchirement intérieur me mit en échec. Elle esquiva d’un pivot du buste, ses lèvres esquissant un baiser, avant de planter violemment son ninja-to dans mes côtes, une unique larme coulant le long de son visage. La brûlure que je ressentis ne laissa planer aucun doute : la lame était empoisonnée, comme l’était probablement le shuriken.
Kyoshi-san, qui avait utilisé la même magie que moi, mais sans l’aide des kamis, apparut dans un panache de papier de riz et d’éclats de bois. Un ashigaru armé d’un yari ouvrit également la porte d’entrée, lui aussi en proie à un dilemme. D’un côté, il devait voir son compagnon ashigaru se battre contre nous. De l’autre, son seigneur se protégeant d’un futon, dans une position qui ne montrait pas clairement qui il combattait. Il choisit de se placer près de Saemon-san, le défendant avant tout.

Notre ennemi sauta en arrière, avalé par l’ombre du mur et réapparaissant à l’autre bout de la pièce,  aux côtés de Saemon-san, qu’il blessa à son tour de son ninja-to. Je saisis le ronin par son kimono, le plaçant derrière moi pour le protéger de mon corps. Mais ce dernier ne comptait pas en rester là. D’un mouvement fluide et précis, démentant totalement son handicap, il me contourna et asséna un puissant coup de katana à son assaillant, aussitôt imité par le no-dachi de Kyoshi-san. Le redoutable assaut de mes camarades força l’assassin à se replier et il entama une série de sauts entre les ombres avant de lancer au beau milieu de la pièce une boule qui explosa, libérant une gaz lacrymogène bien connu chez les Scorpions. Forcés à tousser et à pleurer, nous ne pûmes l’empêcher de parvenir à la porte de la chambre. Dans une tentative désespérée pour le retenir, je fis apparaître, aux côtés d’un ashigaru qui arrivait en courant, un second garde habillé comme un ronin. Devant cette adversité adversaire changea de tactique et repartit pour une série de sauts dans les ombres, l’amenant dans la pièce attenante, puis à la fenêtre de celle-ci et enfin dans la rue. Laissant Saemon-san à ses gardes, nous le poursuivîmes. Mais si Kyoshi-san put suivre un temps les traces de sang de l’assassin, il en perdit rapidement la piste dans la rue, les sauts dans l’ombre rendant la poursuite impossible.

De retour chez le ronin, nous conjuguâmes nos efforts pour le soigner du mieux que nous pûmes, arrêtant ses hémorragies et supprimant sa douleur. Kyoshi-san faillit couper en deux un ashigaru ensommeillé qui était arrivé auprès de Saemon-san, le désignant comme notre adversaire. Nous comprîmes que l'ombre avait pris l’apparence d’un des gardes de la maison, pour pouvoir rentrer sans gêne dans les quartiers du ronin endormi, prétendant vouloir vérifier que tout allait bien.
J’avais vécu cet affrontement comme un cauchemar, mon cœur suppliant d’épargner l’amour de ma vie qui m’était revenu, alors que mes sens me criaient de détruire cette abomination qui revêtait le visage de Bakono-chan.
Et dire que cette chose n’avait pas émis le moindre bruit durant toute l’escarmouche. Comment pourrais-je venir à bout d’une telle entité ? Et comment en protéger Saemon-san ? Cet ombre pouvait revenir n’importe quand. Et pourquoi en voulait-elle à Saemon-san en particulier ? Et par les Fortunes, comment Fujoni avait-il su que l’attaque aurait lieu ce soir ? Je me sentais comme un pion blanc, désarmé et faible, au milieu d’une masse de pions noirs sur un goban.

Au petit matin, je priai Saemon-san de renforcer sa sécurité, plus particulièrement la nuit et de ne faire de totale confiance à personne. De retour à la Magistrature, nous eûmes le soulagement d’apprendre que la rencontre du Conseil et de ses invités s’était déroulée sans anicroches. Ijatsu-san témoigna de l’arrivée de la maison Yasuki, leur daimyo Yasuki Taka-sama étant escorté par une colonne de l'Elite des bushis Crabe de la famille Yasuki, lourdement armée.
Il avait également entendu l’arrivée un peu plus tard de la trentaine de Grues, menée par Daidoji Uji-sama, un Doji et un Kakita, sous les huées des habitants du Village de l’Eau pure. Sympathique atmosphère!

Notre Kitsuki avait de son côté mené une petite expérience. Il avait utilisé son don de psychométrie sur la poupée géante, la touchant à pleines mains pour l’étudier de ses sens. Il y avait ressenti la tristesse et l’espoir de son fabricant, à l’opposé de l’absence totale d’émotion dans la poupée même. Il prit la pleine mesure d’une forme de vie en devenir, comme un bébé, n’ayant pas encore de conscience propre mais n'ayant plus besoin que d'une étincelle pour en faire un être illuminé. Il l'avait finalement placée en position de méditation et avait terminé son étude par une observation : la poupée humaine qui lui faisait face avait tout de la jeune fille amoureuse de celui qui la regardait.

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Re: Sur la voie du Samuraï - Chapitre premier

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